Le défi climatique gagne de l’importance dans l’agenda politique, et les partis écologistes sont les premiers à en profiter. Selon le dernier baromètre électoral de l’institut Sotomo pour le compte de la SSR, les Verts et les Vert’libéraux enregistreront les plus fortes progressions aux prochaines élections fédérales d’octobre prochain: ils passeraient à 9,5%, respectivement 6,4% des parts de suffrages. Cela dit, les trois grands blocs de droite, du centre et de gauche restent très stables. Au basculement à droite survenu en 2015 devrait succéder un léger glissement à gauche.

PS et PLR au coude-à-coude

Il fallait s’y attendre. Après son score record d’il y a quatre ans, l’UDC recule de 2,4%, mais se maintient à un très haut niveau (27%). Elle conserve dix points d’avance sur tous ses rivaux. Les suivants sont au coude-à-coude: le PLR (+1%) a rattrapé le PS (-1,4%), tous deux pointant à 17,4%. Le PDC, qui a quasiment perdu toutes les élections depuis 1979, limite les dégâts avec ses 11,3%.

Selon toute vraisemblance, la conjoncture ne jouera cette année pas en faveur du plus grand parti de Suisse. La crise migratoire n’est plus aussi présente aux frontières de la Suisse: elle ne figure plus qu’au cinquième rang des préoccupations des électeurs. Les relations avec l’Europe et le poids des primes maladie dans le budget des ménages ont pris le dessus, suivis de peu du réchauffement climatique. Ce sont ces trois thèmes qui seront déterminants au moment de voter en octobre prochain.

L’importance prise par le défi climatique met dans l’embarras aussi bien le PS que le PLR. Si ce dossier constitue l’une des priorités du parti de Christian Levrat, les électeurs de gauche considèrent que les Verts ont plus de crédibilité pour l’empoigner. Quant au PLR, il s’est retrouvé sur le banc des accusés à la suite de la débâcle de la loi sur le CO2 au Conseil national. Il s’est en effet allié à l’UDC pour édulcorer cette loi qui a finalement été rejetée en votation finale. Selon l’institut Sotomo, cela expliquerait la progression modeste (1% seulement) d’un parti que tous les observateurs voient parmi les gagnants des prochaines élections. A droite, les Vert’libéraux apparaissent plus crédibles sur ce thème.

«Un conseiller fédéral vert»

A neuf mois de l’échéance, ce baromètre n’annonce pas de bouleversement majeur. Les trois blocs sont étonnamment stables. La gauche (les Verts et le PS) gagne 1,4%, exactement ce que perd la droite (UDC et PLR). Quant au centre, où le PDC et le PBD reculent légèrement, il se maintient grâce aux Vert’libéraux. C’est la raison pour laquelle la plupart des partis se montrent très prudents à l’heure de commenter ces chiffres.

«Les hausses et les baisses sont si faibles qu’elles se situent encore dans la marge d’erreur. Mais nous avons de bonnes chances de devenir le deuxième parti de Suisse», note le vice-président du PLR Philippe Nantermod. Seuls les Verts se réjouissent franchement: «L’Accord de Paris sur le climat a repolitisé l’écologie», relève Adèle Thorens (Les Verts/VD). Au total, les deux partis écologistes totalisent 15% des voix. «A terme, si ces tendances se confirment, il faudra réfléchir à l’élection d’un conseiller fédéral vert.»