Conditions de travail

A l’autre bout de la chaîne du textile, un salaire de misère

Les fournisseurs de Migros, Vögele, Calida, Triumph et une poignée d’autres entreprises suisses exploitent leur main-d’œuvre en Europe et en Turquie

A l’autre bout de la chaîne, un salaire de misère

Textile Les fournisseurs de Migros ou Vögele exploitent leur main-d’œuvre

En avril 2013, l’effondrement du Rana Plaza, à Dacca, causant la mort de 1129 personnes, jetait une lumière crue sur les conditions des employés du textile au Bangladesh. Mais la précarité ne concerne pas seulement les ateliers textiles d’Asie. Les micro-salaires sont la règle dans l’industrie vestimentaire en Europe de l’Est ainsi qu’en Turquie, d’où proviennent 50% des vêtements importés en Suisse, indique le dernier rapport de la Déclaration de Berne.

Dix sociétés «insuffisantes»

L’association a passé en revue les pratiques de 18 entreprises basées en Suisse afin d’évaluer leur engagement pour garantir le paiement d’un «salaire vital» par leurs fournisseurs dans le secteur textile, qu’il s’agisse de vêtements ou de chaussures. Résultat: Calida, Charles Vögele, Chicorée, Manor, Migros, PKZ, Schild, Strellson (Holy Fashion Group), Triumph, Zebra sont jugées «insuffisantes». Seule une entreprise, Switcher, a mis en place des mesures concrètes pour augmenter les salaires, notamment un projet de fonds reversé aux travailleurs, indique l’association. Metro Boutique, Tally Weijl et Yendi n’ont quant à elles pas répondu au questionnaire de la Déclaration de Berne. La plupart des entreprises interrogées s’en tiennent aux salaires minimaux légaux, qui ne suffisent pas à couvrir les besoins de base des travailleurs: les barèmes en vigueur en Bulgarie (139 euros), en Ukraine (80 euros) et en Macédoine (111 euros) représentent moins de 20% du revenu de subsistance estimé dans ces pays. Dans ses «Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme», l’ONU affirme que les sociétés ainsi que leurs Etats hôtes doivent protéger les droits humains, quel que soit le lieu de production, ce qui revient à garantir aux travailleurs un salaire qui leur permette de couvrir leurs besoins, souligne la Déclaration de Berne.

Manor affirme demander à ses fournisseurs de garantir des «conditions de travail acceptables» et procéder à des audits. «Le paiement d’un salaire vital est un but à long terme», affirme un porte-parole de la marque Triumph. Pour Migros, «le versement du salaire minimum ainsi que la rémunération des heures supplémentaires sont des exigences incontournables. Quant au paiement d’un salaire de subsistance, il constitue un but, même s’il reste un choix librement consenti», estime la société par la voix de son porte-parole.

Les entreprises contactées se réfèrent au code de conduite édicté par la Business Social Compliance Initiative (BSCI), dont elles sont membres. Ce dernier, jugé insuffisant par la Déclaration de Berne, n’exige pas de ses membres qu’ils garantissent un salaire vital aux employés actifs sur leurs chaînes de production.

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