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Uniterre a eu de la peine à récolter les 100’000 signatures nécessaires.
© LUKAS LEHMANN

Agriculture

L'«autre» initiative paysanne plaît aux citadins

Uniterre a déposé mercredi à Berne son initiative pour la souveraineté alimentaire. Le syndicat agricole va beaucoup plus loin que les propositions de l’Union suisse des paysans

Le 8 juillet 2014, l’Union Suisse des paysans (USP) déposait son initiative agricole. Les délégations cantonales défilaient sous la pluie à travers Berne, en rang serré, avec leurs produits du terroir. Elles affichaient la fierté d’avoir réuni très rapidement 150’000 paraphes, soit beaucoup plus que nécessaire.

Changement d’ambiance ce mercredi à Berne. Le petit syndicat Uniterre a ramé pour faire aboutir sa propre initiative. Mais c’est fait et une petite cinquantaine de militants a fait le déplacement. Distribution de soupes, construction laborieuse d’un puzzle géant formé par les cartons remplis de 109 655 signatures, ribambelles d’enfants dans les jambes… «On respire enfin», lance un intervenant en déplaçant un dernier carton.

USP et Uniterre, ce sont deux initiatives, deux styles, mais aussi deux visions de l’agriculture. Pour l’USP, il s’agit de renforcer la sécurité alimentaire et donc la production de denrées suisses. Son texte, accepté en mars par le Conseil national, veut favoriser une production durable, diversifiée, de qualité et freiner ainsi l’essor de mesures purement environnementales et paysagères contenues dans la politique agricole.

Tout un catalogue

Uniterre prend un autre angle d’attaque et parle de «souveraineté alimentaire». Son initiative est aussi plus contraignante. A l’heure où le prix du lait ne couvre pas les frais, elle exige une agriculture rémunératrice avec des prix équitables pour chaque filière, elle proscrit les OGM, réinstaure les droits de douane pour réguler les volumes d’importation, ne veut plus aucune subvention à l’exportation de produits agricoles et de denrées alimentaires, plaide pour le retour des petites structures et d’une agriculture familiale, etc... Membre d’Uniterre, le Fribourgeois Max Fragnière pense que les deux textes peuvent être complémentaires, «mais que l’USP ne va pas assez loin et que seule l’initiative sur la souveraineté changera vraiment quelque chose». Si elle est soutenue…

Car l’USP a derrière elle tout le lobby agricole, une vaste organisation et des moyens pour faire passer ses idées. Ce n’est pas le cas d’Uniterre, membre de la Via Campesina, qui se bat régulièrement pour sa survie. «Par contre, nous constatons que de nombreux citadins sont sensibles à nos arguments et ont signé notre initiative», explique Fernand Cuche. Pour l’ancien conseiller national écologiste, il s’agit d’ailleurs d’une des faiblesses de l’USP: «C’est encore une corporation qui vit dans la croyance de la grande centrale paysanne. Elle défend ses acquis et peine à évoluer vers un autre modèle que producteur». Il en veut pour preuve son attitude lorsqu’il s’agit de lutter contre l’utilisation de pesticides ou encore de protection des animaux. «L’USP ne prend jamais les devants mais cède face aux pressions», poursuit Fernand Cuche. Et il pourrait en aller de même avec l’alimentation. «Si la population s’empare de ce thème comme elle l’a fait avec la protection des animaux, de l’eau, de l’air, etc..., l’USP perdra la maîtrise de cet enjeu et se fera dicter la loi».

Un vaste débat s’ouvre

On n’y est pas encore. Certes, l’initiative de l’USP n’aura pas le soutien de la gauche et des écologistes. Au Conseil national, elle a été soutenue par l’UDC, le PDC et quelques voix éparses au PLR. Mais un contenu «politiquement correct», qui ne nécessite aucun changement de lois, selon le Conseil fédéral, offre aux citoyens l’occasion de soutenir l’agriculture suisse sans prendre trop de risques. L’initiative d’Uniterre par contre est très dense. Elle comporte dix points, dont certains, comme l’instauration de barrières douanières, feront frémir les partisans des accords de libre-échange.

L’ancien conseiller d’Etat et conseiller national écologiste Fernand Cuche se réjouit dans tous les cas qu’un vaste débat puisse s’ouvrir puisque plusieurs autres initiatives touchant à l’agriculture font leur propre chemin, dont celle des Verts en faveur d’une alimentation équitable. «Les citoyens montent au front. Ils expriment leurs inquiétudes et formulent des propositions. Nos autorités fédérales ont maintenant l’immense privilège d’avoir à portée de mains des propositions concrètes pour discuter du tournant de notre politique agricole». Et de rêver: «Je serai fier si dans les 4-5 ans qui viennent, on se tourne vers une agriculture durable, sans pesticides, qu’on double le nombre d’actifs dans ce métier et d’exploitations, et qu’il y a à nouveau du monde dans les campagnes.»

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