Dans une annonce concertée avec la Suisse, l’Autriche a consenti hier aux mêmes concessions pour satisfaire ses partenaires européens. A l’avenir, des «échanges d’informations bancaires» pourront être envisagés, si «des soupçons justifiés et argumentés» sont avancés par les Etats requérants. Vienne emboîte ainsi le pas à une réforme qu’elle a combattue de toutes forces, avant de voir ses alliés suisses et luxembourgeois lâcher prise.

Crainte d’un préjudice

Redoutant qu’une levée unilatérale de ce secret bancaire puisse constituer un grave préjudice pour les banques autrichiennes face à leurs concurrents du Liechtenstein, l’Autriche emboîte le pas de mauvaise grâce, tout en refusant de modifier sa législation. «Abandonner le secret bancaire seul n’a pas de sens, s’emporte Harald Waiglein, le porte-parole du Ministère autrichien des finances. Nous sommes contre une solution unilatérale au détriment de l’Autriche.» «Nous ne modifierons pas notre législation, renchérit le ministre des Finances et vice-chancelier, Josef Pröll. Il n’est pas question d’un accès direct ou systématique aux données», souhaité par certains Etats.

L’Autriche, paradis fiscal

L’Autriche a pu se sentir confortée dans son attitude de défiance par l’Organisation pour la coopération et le développement en Europe (OCDE), pour qui elle ne constitue pas un paradis fiscal au même titre que les micro-Etats du Pacifique ou Monaco et qui lui a donné l’assurance qu’elle ne serait pas ajoutée à sa liste noire. Or, «l’Autriche est bel et bien un paradis fiscal», s’indigne Werner Doralt, économiste fiscaliste à l’Université de Vienne. «Lorsque des revenus de contribuables sont tenus à distance du fisc à l’étranger, alors il s’agit bien d’un paradis fiscal.» C’est de là que provient le succès des banques autrichiennes, insiste Werner Doralt, soit de leur capacité à «héberger l’argent» des contribuables allemands, notamment.

Vienne est régulièrement pointée du doigt en raison de son attractivité pour l’argent occulte des mafias de l’est de l’Europe.