«Avons-nous la volonté d'oser un projet ambitieux?», lance un élu à la fin de son introduction sur la reconversion de Blur, le Nuage d'Expo.02. Jeudi soir, le conseil communal (législatif) d'Yverdon a répondu par un «oui» conditionnel. Il a accepté l'idée tout en la soumettant au peuple, vraisemblablement le 14 septembre prochain. Campagne passionnée en vue.

Le projet, dit Espace d'Ailleurs, est de construire un bâtiment en dur dans la structure de l'ancien Nuage, qui accueillerait le musée de la science-fiction, la Maison d'Ailleurs, ainsi qu'une antenne de l'Agence spatiale européenne (ESA). Bâti avec des technologies issues de l'espace, l'ensemble servirait à la fois de vitrine et d'incubateur pour des jeunes entreprises, en lien avec Y-Parc.

Dans la ville, à en croire les interventions des élus, le caractère «audacieux» du projet n'est guère contesté, quoique son esthétique divise. La contestation porte d'abord sur le montage financier, au devis de 10,5 millions de francs. La Ville mettrait 2,1 millions dans l'aventure, l'ESA s'engage à y injecter 2,8 millions tandis que le canton est sollicité à hauteur de 1,6 million, le solde venant de prêts et de tiers. «Il faut rester les pieds sur terre, les coûts d'aménagement de la structure sont trop élevés. Ne peut-on pas proposer à l'ESA un projet sur terre ferme?», s'interroge un radical. D'autres fustigent un budget de fonctionnement «flou», d'inévitables surcoûts ou l'absence de responsables en cas de faillite de la fondation appelée à gérer la structure: «Les épaules que l'on nous attribue sont décidément bien larges.»

Agacement

En sus, pour une ville que la crise n'a pas épargnée, cette «opération de prestige» en agace certains. «Une icône n'a jamais fait vivre des gens, les Yverdonnois veulent du concret», fustige-t-on. Piscine couverte, collège, petite ceinture autoroutière: la liste des besoins existants est déjà longue, pourquoi se «disperser» ainsi? Les répliques ne manquent pas: l'argent débloqué par l'ESA ou la Confédération ne sera jamais attribué à une piscine, c'est une opération gagnante. L'étude préparatoire a été financée à 60% par des fonds extérieurs à la commune, «une immense marque de confiance» selon le syndic, Rémy Jaquier, qui permet de «donner à la ville une image attractive et dynamique», selon un socialiste.

Le projet, dont les opposants sont également répartis à gauche et à droite, a passé la rampe à environ deux tiers des voix, mais l'option du référendum a été plébiscitée de manière encore plus nette en raison de la «modification significative du paysage de la ville» qui s'ensuivra. Autant dire que le sens de cette décision déborde le seul Espace d'Ailleurs, et qu'elle suscite un doute même chez certains de ses partisans. A Yverdon, les vacances seront courtes.