Pensions

L’avenir des retraites divise les femmes

Un bras de fer autour de la réforme «Prévoyance vieillesse 2020» se joue actuellement au parlement. Le clivage gauche-droite s’observe jusque dans les organisations de femmes

Cet article fait partie de l’édition spéciale «Les femmes font Le Temps», écrite par une cinquantaine de femmes remarquables, et publiée lundi 6 mars 2017.


L’espérance de vie des femmes et des hommes ne cesse de s’allonger. Il faut aujourd’hui garantir des pensions bien plus longues qu’au moment de la création du système de prévoyance professionnelle. En 2030, il manquera 8,9 milliards de francs dans le Fonds AVS. Les années entre 2020 et 2050 s’annoncent particulièrement problématiques avec une génération des baby boomers qui aura atteint l’âge de la retraite.

Au parlement, chargé d’adopter une version définitive de la réforme «Prévoyance vieillesse 2020», un bras de fer a lieu entre les différents partis, entre le Conseil national et le Conseil des Etats, mais aussi au sein des organisations de femmes. Si tous les acteurs admettent que des réformes sont nécessaires, la manière de compenser la baisse des rentes divise.

Le nœud du problème

De gauche à droite, impossible de réconcilier les milieux patronaux et les organisations syndicales qui campent sur leurs positions. Il est pourtant impératif d’assurer le financement de l’AVS à long terme, en prenant les mesures qui s’imposent pour équilibrer durablement recettes et dépenses, afin que les générations futures bénéficient elles aussi des assurances sociales, véritable bannière de notre cohésion nationale.

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Comment compenser la baisse des rentes? Par une hausse mensuelle de 70 francs des rentes AVS, selon la version préconisée par le Conseil des Etats et défendue par la gauche, le PDC et le PBD. Pour leurs représentants, c’est la seule solution susceptible de rallier une majorité. Dans le camp adverse, le PLR, l’UDC et les Vert’libéraux plaident pour une hausse des cotisations de prévoyance professionnelle, une variante acceptée par le Conseil national.

Division aussi chez les femmes

Pour l’organisation faîtière des sociétés féminines suisses Alliance F, impossible de trancher entre les deux variantes. Le fossé s’est creusé au sein des organisations de femmes. Les coprésidentes d’Alliance F, les conseillères nationales Kathrin Bertschy (Vert’libéraux) et Maya Graf (Verts), défendent deux avis divergents.

A gauche, les organisations veulent lier l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans avec l’égalité salariale et ne sont pas prêtes à accepter une augmentation de l’âge de la retraite sans compensation. Pour elles, la revendication d’une augmentation des rentes AVS de 70 francs est primordiale.

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De l’autre côté de l’échiquier politique, pour les représentantes des partis du centre-droit et de la droite, prévoir un âge de la retraite identique pour les femmes comme pour les hommes est une évidence. On souhaite en revanche une réforme pour celles et ceux qui travaillent à temps partiel en proposant la suppression de la déduction de coordination.

Le Conseil national a validé cette proposition le 27 février. Environ 70% des femmes en Suisse exercent une activité professionnelle à temps partiel. Avec la suppression complète de la part couverte par le 1er pilier, soit 7/8 de la rente maximale de l’AVS par an, les employées à mi-temps et les personnes avec de bas revenus seraient indiscutablement mieux protégées dans la prévoyance professionnelle obligatoire.

Un choix de société

Au final, ce débat pose une véritable question de société. Voulons-nous mettre en place les incitatifs pour que travailler permette à chacune et chacun d’améliorer ses revenus? Ou préférons-nous augmenter les rentes indépendamment des choix de vie individuels? Si le référendum est demandé, comme l’annoncent déjà les milieux de gauche, ce sera à la population suisse de trancher.

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