L'Université de Genève entre dans la torpeur estivale, mais sa direction est en mouvement. L'équipe du recteur Maurice Bourquin, en place depuis 1999, quitte sa place pour laisser la direction à André Hurst, désigné cet hiver (Le Temps du 27 février). Occasion pour les recteurs sur le départ de faire le point sur la situation de l'alma mater, arrivée «à un tournant» de son histoire, estiment-ils.

A l'instar des autres hautes écoles, Genève doit faire face à de multiples réformes, la plus importante étant la refonte des cursus due à l'introduction de titres de bachelor (bac + 3 ans) et master (2 ans supplémentaires). L'équipe de Maurice Bourquin assure que cette «révolution» prendra effet dès la rentrée 2004. A l'heure du bilan, elle relève au passage la forte implication des Genevois dans le débat national sur ce sujet, Genève, comme les autres universités romandes, militant pour un libre passage du bachelor au master, sans augmentation des taxes. A leur actif, les recteurs citent un changement de base légale, une réforme du corps enseignant, la création d'un service d'appui et de prospection pour les chercheurs, l'obtention du siège de deux pôles de recherche nationaux ou la rédaction d'un plan de développement général pour l'institution. Une autre innovation, la création de cours d'introduction en anglais doublés d'une formation intensive en français pour les étudiants étrangers prendra effet l'année prochaine. Bien des chantiers restent ouverts, notamment dans les sciences de l'environnement et en architecture – à ce propos, de «grandes discussions» sont en cours avec l'EPFL, indique-t-on. Un transfert complet ne serait pas à l'ordre du jour.

De fait, les années Bourquin ont surtout été marquées par la mise en œuvre plus ou moins rapide des réseaux régionaux, avec le campus lausannois – université et EPF – ou avec Neuchâtel. La pharmacie sera ainsi regroupée à Genève tandis que des écoles doctorales sont instaurées de concert par les hautes écoles. De fait, hormis quelques exceptions mineures, l'équipe qui s'en va ce mardi aura aussi réussi à maintenir l'intégralité des filières genevoises. Cela au moment où Lausanne opérait des coupes plus drastiques par le transfert des sciences naturelles à l'EPFL. Cette attitude a été soutenue par le Conseil d'Etat et Martine Brunschwig Graf, naguère à l'Instruction publique, l'idée directrice étant que Genève doit conserver une université complète. Maurice Bourquin s'est toutefois singularisé par une forte présence dans les instances nationales.

A l'heure de clore le chapitre, les recteurs sont formels: l'avenir de l'Université de Genève passe par la Suisse romande. Plus exactement par la constitution d'un «espace universitaire romand» qui permette d'harmoniser les procédures et les statuts ainsi que de partager les tâches. Aujourd'hui, un recteur bute sur nombre d'obstacles cantonaux, à commencer par la diversité des lois – pour unifier les statuts d'enseignants, par exemple, «c'est la croix et la bannière», lance le vice-recteur Jean Kellerhals. A ses yeux, des «pièges» sont posés sur la route des universités: le risque d'un système à deux vitesses (les EPF avec turbo et des universités cantonales laissées sur le bas-côté), ou celui d'une concentration disproportionnée des moyens sur les sciences naturelles et la médecine. Maurice Bourquin conclut: «Il faut repenser le système. Les autorités fédérales doivent comprendre qu'une trop forte concurrence entre universités, pour les étudiants et les crédits, peut être dangereuse.»

Pour l'alma mater genevoise, le changement se fait sans transition. Aucun membre du rectorat sortant, qui avait souhaité rempiler, ne figure dans la nouvelle équipe. André Hurst a choisi ses adjoints, que le Conseil d'Etat doit encore adouber, mais dont les noms circulent déjà: il s'agira de la paléontologue Louisette Zaninetti, de l'informaticienne Nadia Magnenat Thalmann et de l'actuel doyen de la médecine, Peter Suter. Le nouveau recteur assure que «nous suivrons les orientations données par les rectorats précédents» tout en procédant à quelques «réévaluations», notamment avec l'EPFL à propos des sciences de la vie ou l'environnement. Il souhaite en outre simplifier les appellations du corps enseignant en les ramenant à deux catégories, professeur et collaborateur scientifique, et il affirme son souci en matière de démocratisation des études. S'agissant de la plus grande université de Suisse romande – et de l'un des plus grands employeurs du canton –, la tâche est lourde pour un recteur dont le métier s'apprend sur le tas, d'autant que les nombreuses réformes en cours chargent le calendrier. Pour le distingué helléniste André Hurst, les épreuves commencent.