Propriétaire presque à 100% de Skyguide, la société anonyme chargée du contrôle civil et militaire de l'espace aérien suisse, la Confédération, via le Conseil fédéral, lui assigne tous les trois ans des buts stratégiques. Publiés vendredi, les objectifs qui couvrent la période 2005-2007 se résument en deux mots: sécurité et compétitivité. Si le premier point fait l'objet d'un effort interne intense après la remise en question due à la catastrophe d'Überlingen, le volet économique échappe en partie aux dirigeants de Skyguide. La libéralisation complète du contrôle aérien européen va obliger la société suisse à travailler davantage hors de son territoire pour assurer son avenir. Or, son succès dépend directement des accords politiques que Berne doit signer avec les pays voisins, Allemagne en tête.

Le positionnement de Skyguide dans l'élaboration du «Ciel unique européen» (SES, Single European Sky) figure tout en haut de la liste des objectifs du Conseil fédéral. C'est une évidence, l'exiguïté du territoire suisse ne permet pas de maintenir une société de contrôle aérien efficace à l'heure de la libéralisation du marché.

Tarifs élevés

Du reste, Skyguide surveille déjà une partie de l'espace aérien allemand, autrichien, italien et français – ce qui correspond à 45% de la distance de vol totale contrôlée par la société suisse. Mais cette donne fait justement partie du problème actuel de Skyguide, dont les tarifs sont, avec la Belgique, les plus élevés d'Europe: hormis la France, avec laquelle la Suisse dispose depuis longtemps d'un contrat, aucun des pays voisins ne paie les prestations des contrôleurs aériens suisses.

«Notre structure de coûts n'est pas en cause, mais nous n'encaissons pas assez de redevance, confirme Patrick Herr, porte-parole de Skyguide. Notre productivité est la meilleure en Europe. Si nous récupérions les taxes qui nous échappent aujourd'hui, nous serions massivement moins chers.» L'accord aérien avec l'Allemagne comprenait une clause de dédommagement pour la surveillance du ciel allemand du sud. Son refus par le parlement a nécessité des négociations séparées, toujours en cours. «Les Allemands ne sont pas très chauds pour payer», glisse-t-on à l'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC).

Dans un ciel européen unifié et libéralisé, Skyguide a plusieurs atouts. D'abord, sa coopération avec le contrôle aérien français est considérée par Bruxelles comme le premier «bloc d'espace aérien fonctionnel» (FAB), modèle pour le ciel unique, qui ne tiendra plus compte des frontières pour établir des zones de contrôle. Ensuite, sa maîtrise technique d'un nœud de trafic complexe, associée à sa position géographique – même si, théoriquement, les contrôleurs australiens pourront s'occuper du ciel suisse une fois le SES en vigueur. Dernier atout: la Suisse a fait œuvre de pionnier en unifiant ses espaces civil et militaire.

Actuellement, le SES est en plein chantier. La Suisse est associée aux discussions. Et la question de savoir si la conclusion du SES entraînera une solution automatique et unifiée pour le paiement des prestations reste ouverte. «Cela montre que les discussions actuelles avec l'Allemagne conservent toute leur importance», conclut-on à l'OFAC.