«L'avenir des vins suisses est-il en Suisse ou aux îles Fidji?» Fernand Schalbetter, le patron de l'OPAV, l'office de promotion des vins valaisans, présentait hier le programme annuel de son organisme, à savoir une présence promotionnelle dans tout le pays d'environ 250 jours, répartis en une trentaine de foires. A cette occasion il s'est autorisé une belle colère. Selon lui, PA 2000, la nouvelle politique agricole fédérale, entérine une consternante absurdité: consacrer à la seule exportation la totalité du fonds vinicole dévolu à la promotion des vins suisses. Dans une ordonnance du 7 décembre 1998, le Conseil fédéral stipule que le fameux fonds vinicole (10 millions, dont 5 qui partent en paiements directs) servira bien à financer «la promotion des ventes de produits viticoles» mais ajoute ce perfide détail: «la promotion des vins se limitant à l'exportation». Comme le volume des vins que la Suisse exporte ne représente qu'un ridicule 1% de la production nationale (alors que le Chili lui exporte 47% de sa production, l'Allemagne 26, l'Italie 26, la France 21, l'Espagne 20, la Nouvelle-Zélande 18, l'Autriche 10 et les Etats-Unis 9) il apparaît que c'est sur le marché intérieur, spécialement la Suisse allemande, que les vignerons valaisans, mais aussi vaudois, genevois ou neuchâtelois ont intérêt à déployer leurs efforts promotionnels. Pour avoir des explications, Ferdinand Schalbetter a écrit, le 17 décembre 1998 à l'Office fédéral de l'agriculture. Réponse lui a été faite en date du 13 janvier dernier: la limitation de la promotion vinicole à la seule exportation se justifierait du fait qu'elle serait en accord avec la politique de prévention menée en matière de santé publique. «On peut en tirer deux conclusions, proteste Fernand Schalbetter: que la santé des Anglais est moins précieuse que celle des suisses et que les vins étrangers sont moins nocifs.» Sur les 290 millions de litres de vin que consomment annuellement les Suisses, 170 millions en effet proviennent de vignobles étrangers. L'argument de la santé est d'autant plus dérisoire, a encore indiqué le patron de l'OPAV, qu'avec 40 francs suisses on peut se payer six bouteilles de dôle, mais douze de côtes-du-rhône. Et Fernand Schalbetter de s'interroger sur le fait qu'aucun parlementaire fédéral romand, spécialement ceux issus des cantons à vocation viticole, ne se soit insurgé contre ces dispositions. Ils étaient peut-être à la buvette. L.N.