A l'avenir, les établissements médico-sociaux (EMS) vaudois ne pourront plus être exploités que sous une seule forme, celle de fondations à but idéal. Cela exclut les entreprises lucratives, comme il en existe une cinquantaine actuellement, dont 18 en raison individuelle. Mais la majorité bourgeoise du Grand Conseil a allongé, en le fixant à dix ans au lieu de cinq, le délai offert aux propriétaires de ces établissements privés pour s'adapter. Questions au député libéral Pierre Rochat, président de la principale association vaudoise des EMS, l'Avdems, et directeur de plusieurs maisons, qui a soutenu le projet de loi en vote final.

Le Temps: Les EMS lucratifs ne pourront plus exister, est-ce une défaite de l'initiative privée?

Pierre Rochat: Le mot est trop fort, mais comme député libéral, je dois admettre que c'est une perte s'agissant de nos valeurs. Toutefois, le combat des EMS privés était perdu depuis longtemps. Il a été perdu avec tous les problèmes révélés il y a quelques années par le Contrôle cantonal des finances (CCF) et la commission d'enquête parlementaire (CEP).

– Le porte-parole des EMS privés parle quant à lui de spoliation…

– Je comprends que ceux qui ont acheté puis exploité un établissement qu'on les oblige maintenant à vendre peuvent avoir ce sentiment. Cela dit, il s'agit moins d'une spoliation réelle que de la perte du gain potentiel qu'ils espéraient réaliser d'ici à leur retraite. Maintenant, ils ont un délai de dix ans pour se retourner, ce qui est tout à fait correct.

– La nouvelle loi peut-elle encore intéresser les investisseurs, alors qu'il faudra bien construire?

– Je n'ai pas de craintes à ce sujet. Certes, cela intéressera prioritairement les investisseurs du métier ou alors les institutionnels comme les caisses de pension. Le rendement ne sera pas extraordinaire, mais stable et proche de ce qu'on connaît dans le logement. Le loyer n'est pas fixé pour l'éternité, il reste négociable s'il devait se révéler insuffisant.

– Une association de résidents, Residems, veut lancer un référendum contre la loi. Elle s'oppose au transfert de charges sur les pensionnaires, qui devront désormais participer aux coûts d'investissement des EMS. Qu'en pensez-vous?

– Quatre-vingts à 85% des résidents ne sont pas concernés, puisque leur facture sera prise en charge par les régimes sociaux. Restent ceux qui sont assez fortunés pour devoir s'acquitter d'un loyer. Il est normal qu'ils le fassent, comme dans la plupart des cantons. Depuis 1978, le canton subventionnait ces pensionnaires: les EMS étaient assimilés à des hôpitaux, ce qui me paraît discutable.

– Autre front, le budget 2005. L'Etat impose une coupe de 30 millions de francs dans les subventions aux EMS (environ 7%). Pourquoi votre association l'accepte-t-elle alors qu'il y aura des conséquences sur les conditions de travail du personnel et d'existence des résidents?

– Le Conseil d'Etat a présenté cette cible comme non négociable. Les résultats cumulés de nos établissements ces trois dernières années sont du reste positifs. Dès lors, nous avons fait porter la négociation sur les contreparties, qui consistent à desserrer l'étau des exigences administratives, qu'il s'agisse des standards et des salaires notamment. Nous ne pourrons pas appliquer à nos collaborateurs les conditions en vigueur pour le personnel de l'Etat, nous ne pouvions déjà pas le faire en 2004. Il est possible de réduire un peu les normes pour la dotation ou l'animation sans que cela soit dramatique. Ces normes avaient fortement progressé dans la période récente. L'Etat avait laissé faire sans avoir les moyens de sa politique. Quant aux exigences de construction ou d'exploitation, un retour à plus de simplicité me semble positif. Beaucoup d'établissements partagent le sentiment que l'administration poussait à faire des choses pas vraiment indispensables.