La procédure d'évaluation technique pour l'achat de deux avions de transport de troupes a pris fin. Elle opposait deux bimoteurs aux performances inégales: le Casa C-295 M de fabrication espagnole et le Spartan C-27 J du consortium italo-américain LMATTS (Lockheed Martin Alenia Tactical Transport System).

D'après nos informations, le groupe chargé de l'évaluation recommande l'achat de l'appareil italo-américain, jugé plus performant que le Casa. Il est aussi nettement plus cher, dit-on. Les prix sont tenus secrets. Le conseil de direction du DDPS, l'instance de décision la plus élevée du département, doit discuter ce mardi de l'acquisition de l'avion de transport de troupes, mais il ne tranchera pas tout de suite entre l'un et l'autre modèle. C'est le ministre Adolf Ogi, sur ultime recommandation du chef du Groupement de l'armement (GDA), Toni Wicki, qui prendra la décision, cette année encore en principe. Le chef de l'état-major général, Hans-Ulrich Scherrer, aurait adressé une note à Adolf Ogi dans laquelle il dit sa préférence pour le modèle italo-américain.

Un deuxième round d'évaluation s'engage désormais. Il est économique. Outre son prix d'achat élevé, le Spartan, construit à Turin, occasionnera des coûts d'entretien supérieurs à ceux du Casa, assemblé à Madrid. Le DDPS se demande cependant si les Espagnols de Casa ne font pas du dumping sur les prix pour tenter d'emporter le contrat. Le chef de l'armement Toni Wicki, dont la voix pèse lourd, n'aurait pris parti ni pour l'un ni pour l'autre des deux modèles. On le dit toutefois plus favorable au Casa qu'au Spartan, les commandes compensatoires directes et indirectes promettant d'être plus substantielles avec l'Espagne qu'avec l'Italie. Un marché compensatoire est une contrepartie parfois égale au montant du contrat, qui profite à l'industrie suisse d'armement (compensation directe) ainsi qu'aux entreprises helvétiques sans lien avec l'armement (compensation indirecte).

Cet argument est tout sauf insignifiant. Mais il est ambigu. Il l'est doublement du fait des deux casquettes de Toni Wicki. Ce dernier dirige également la holding privée RUAG, créée en 1999 par la Confédération mais fortement dépendante encore des commandes publiques. Fin 2000, il quittera le GDA pour se consacrer à la direction de la holding RUAG. C'est dire si la tentation est grande pour lui, avant son départ, de faire en sorte que le contrat de l'avion de transport de troupes soit attribué à la société offrant les meilleures compensations à la holding.

Des performances inégales

Techniquement, le Spartan semble l'emporter en tout point sur son concurrent le Casa. Moins puissant, l'avion espagnol n'est par exemple pas capable de franchir les Alpes à pleine charge de carburant et de matériel. Ensuite, son fuselage étant moins haut que celui du Spartan, il est difficile voire impossible d'y charger certains matériels roulants. Au point qu'il a été envisagé de demander à des entreprises de modifier la hauteur de leurs véhicules pour pouvoir les embarquer dans le Casa. Le Spartan, enfin, appartient à la même famille d'appareils que le quadrimoteur Hercules C-130 J, plus gros et plus puissant. Les Forces aériennes n'excluent pas en effet d'acheter à terme un quadrimoteur de ce type en plus des deux C-27 J. Cet appareil étant équipé de la même avionique que celle du Spartan, la formation des équipages serait moins coûteuse et plus simple. L'argument politique qui pourrait jouer en faveur du Casa est la ratification rapide par l'Espagne des accords bilatéraux. Madrid n'a pas montré beaucoup d'entrain jusque-là.