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L’avocat Alec Reymond estime «stupides» les plaintes contre l’évêque de Coire

La citation homophobe du prélat ne serait pas contraire à la loi, selon l’homme de loi.

«La citation homophobe de l’évêque n’est pas contraire à la loi»

Eglise L’avocat Alec Reymond juge stupides les plaintes déposées

Ridicule. C’est l’adjectif qu’a utilisé l’avocat genevois Alec Reymond, interrogé par le média de l’Eglise catholique Cath.ch, pour qualifier la plainte pénale contre l’évêque du diocèse de Coire, Mgr Vitus Huonder. Après celle de Pink Cross, la faîtière des organisations homosexuelles de Suisse, une au­tre plainte a été déposée hier par un privé auprès du ministère public des Grisons contre le prélat ultraconservateur. Au même motif que la première, «incitation publique au crime ou à la violence». C’est en citant un verset du Lévitique lors d’un congrès catholique en Allemagne que l’évêque a provoqué la colère. Il faut dire que le texte en question n’est pas un modèle de tolérance, qui dit «quand un homme couche avec un hom­me comme on couche avec une femme, ce qu’ils font tous les deux est une abomination: ils seront mis à mort, leur sang retombera sur eux.»

Si la morale contemporaine réprouve celle qui prévalait au Ve siècle avant Jésus-Christ, cette lecture n’est en rien contraire à la loi. C’est en substance ce qu’avance Alec Reymond, contacté par Le Temps: «Accuser cet évêque d’incitation à la violence alors qu’il ne fait que citer un passage de la Bible ne tient pas la route. Je ne vois aucune issue à ces deux plaintes. Le fait même que les plaignants aient visé cette infraction démontre d’ailleurs bien leur désarroi au plan judiciaire. Car cette citation ne tombe pas non plus sous le coup de la loi antiraciste, même si celle-ci devait être étendue à l’homophobie.» Et l’avocat de préciser qu’en tant que «protestant pas du tout homophobe», il ne se sent pas appelé à défendre les positions catholiques extrémistes, mais à s’exprimer sur le plan juridique. «Si un imam avait cité un passage similaire du Coran, je n’aurais pas non plus trouvé à redire au plan du droit. Il ne faut pas confondre une citation et une fatwa.»

Si, pour l’avocat, les chances que ces plaintes aboutissent sont nulles, le débat n’en sera pas gagné pour autant: «Je déplore cette dérive moderniste qui pousse certains à tout placer sur le plan criminel au lieu d’engager un débat de fond. C’est lamentable.»

Pétition en ligne

Comme pour lui donner raison, une pétition circule sur Internet pour dénoncer une «incitation au meurtre» et une «légitimation des crimes homophobes» de la part du prélat. Le texte, qui compte déjà 2500 signataires, exhorte la Conférence des évêques suisses (CES) à se distancier publiquement du discours de Vitus Huonder. L’instance catholique se refuse à commenter et attend l’assemblée ordinaire des évêques suisses, fin août. L’évêque de Saint-Gall et président de la CES, Markus Büchel a, lui, appelé ses fidèles par lettre à «remettre en question le poids de l’histoire» et à «trouver une nouvelle parole équitable envers les hommes».

Pour Alec Reymond, cette polémique démontre que c’est la liberté d’expression qu’on combat, une fois de plus, une fois de trop: «Je suis persuadé que tous les représentants de Pink Cross se sont offusqués du massacre de Charlie Hebdo . Mais nombreux sont les chantres de la liberté d’expression qui, lorsqu’on piétine leur jardin immédiat, doutent tout à coup de la beauté de ce principe!»

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