Précédé d'un gendarme, il ne trouve pas tout de suite la place qui lui est réservée. Il se pince les lèvres, perplexe, puis gratifie le procureur d'un sourire mécanique avant de s'asseoir, dos à la salle, ne tournant plus que sporadiquement vers son avocat le visage pâle et mangé par des lunettes de myope qu'on s'est habitué, avec le temps, à voir dans les journaux. Il ne prononce pas un mot de toute l'audience.

L'instant est symbolique: sept ans après avoir cru trouver refuge aux Bahamas, moins d'un an après avoir été extradé en Suisse, Werner Kurt Rey, âgé aujourd'hui de 56 ans, répond de ses aventures financières devant le Tribunal pénal économique du canton de Berne. L'accusation a retenu l'escroquerie, la tentative d'escroquerie par métier, le faux dans les titres et la faillite frauduleuse. Le procès s'est ouvert lundi par une audience consacrée exclusivement à des questions de procédure. Il a été suspendu en fin de journée et ne reprendra, comme prévu, que le 31 mai. Un délai qui doit permettre à la justice, d'ici là, de se prononcer sur les recours déjà annoncés contre les décisions préliminaires rendues à l'issue de cette première passe d'armes.

Sur le coup de 16 heures, les trois juges du tribunal – spécialisés dans la criminalité économique – annoncent qu'ils suivent partiellement les requêtes présentées le matin par la défense. Les coliquidateurs de la faillite personnelle de Werner K. Rey, dont la fiduciaire Atag, ne pourront pas participer au procès comme partie civile. Coopers & Lybrand, représentant les liquidateurs des principales sociétés du groupe de Rey, Omni Holding et Omni Participations, ne sera qu'à peine mieux traitée: la firme d'audit ne sera admise comme partie civile que pour ce qui concerne les délits de faillite frauduleuse. C'est seulement dans ce dernier cas de figure, estime le tribunal, que la masse en faillite peut prétendre avoir été directement lésée. Le procureur Beat Schnell, qui enquête sur le dossier depuis le début, va déposer un recours, de même que les deux sociétés. Les autres demandes de l'avocat sont rejetées. Pas question, ainsi, de décider à ce stade si tous les éléments retenus par le procureur correspondent aux charges pour lesquelles la justice des Bahamas a accordé l'extradition du financier. Pas question non plus d'empêcher la presse de prendre connaissance du rapport final de l'instruction, sur lequel se base l'acte d'accusation.

280 millions de francs

Les délits qui sont reprochés à Werner K. Rey portent sur près de 280 millions de francs. Mais le trou financier qu'il a creusé au début des années 90, en cumulant les opérations dans des structures de plus en plus opaques, est colossal: les créances produites dans la liquidation de ses sociétés et contre lui personnellement atteignaient, au total, trois milliards et demi de francs. Des poursuites pénales ont été déclenchées également contre ses anciens collaborateurs. Mais elles sont traitées séparément.