Le débat sur la gestion de l'eau dans le Jura ne s'arrêtera pas aux travées parlementaires. Un référendum sera lancé contre la loi-cadre adoptée pourtant à une large majorité, 48 voix contre 6, par le parlement, mercredi. Référendum inédit, puisqu'il ne s'appuiera pas sur la collecte de 2000 signatures, mais sur la décision de communes. La législation jurassienne permet à huit communes de contester une loi et la soumettre au peuple. En trente ans, cet outil n'a jamais été utilisé, il le sera contre la loi sur l'eau.

Pas contre les principes d'un texte qualifié de «modèle» par la Confédération, qui consacre la notion de bien public pour l'eau, ce qui exclut toute privatisation et initie un concept de gestion globale traitant de l'alimentation, de l'épuration et de la revitalisation des cours d'eau.

Ce qui suscite la controverse, c'est l'outil susceptible de mener une telle politique: la création d'un fonds cantonal, alimenté paritairement par la caisse d'Etat et une redevance perçue sur la consommation. Une double rentrée de deux fois 3 millions annuels, qui doit permettre de réaliser d'indispensables travaux, au rythme de 17 millions d'investissements par an.

«Nouvel impôt déguisé»

La taxe sur l'eau suscite la controverse. Au travers du courrier des lecteurs du Quotidien jurassien, mais également dans les communes. On y critique le centime de solidarité perçu sur chaque mètre cube consommé, destiné à financer l'accès à l'eau potable dans les pays en voie de développement. Et surtout, la contribution de 40 centimes par m3 pour alimenter le fonds cantonal. «Nouvel impôt déguisé», dénonce l'UDC.

«Les communes sont instrumentalisées par quatre députés», accuse le radical Serge Vifian. Mercredi au parlement, six députés ont rejeté la loi: les trois UDC et trois PDC dissidents, Sabine Lachat, Yves-Alain Fleury et Jean-Paul Gschwind.

Payer pour les autres?

Ce dernier est accusé d'être l'instigateur de la rébellion. «J'ai été maire de Courchavon durant douze ans, explique Jean-Paul Gschwind. Nous avons effectué les travaux nécessaires à l'assainissement des réseaux d'eau. Et adapté notre prix de l'eau en conséquence. Est-ce à nous de payer 40 centimes de plus pour financer les travaux que d'autres communes n'ont pas entrepris?»

Là est le nœud du problème. Le fonds cantonal doit soutenir les communes qui devront investir dans leurs réseaux d'alimentation et d'épuration des eaux, aujourd'hui en piteux état.

Serge Vifian a alors violemment fustigé l'absence de solidarité des référendaires. «Je réfute cette critique, dit Jean-Paul Gschwind. On ne peut pas prôner la solidarité... à sens unique!»

Autre grief: la loi prévoit qu'une partie du fonds sera affectée à la revitalisation des rivières et la lutte contre les crues. Le parlement a précisé que ce ne serait pas plus de 20%. Pour Jean-Paul Gschwind, c'est encore trop: «Ce n'est pas aux utilisateurs de financer ces travaux, mais à la caisse cantonale.» Et de s'en prendre «à l'écolomania qui s'empare du Jura. Oui à l'écologie, mais libérale et individuelle. Pas aux taxes!»

Ainsi, aux côtés de communes qui devront ratifier le référendum, vraisemblablement au travers de décisions d'assemblées des citoyens, figureront côte à côte des élus UDC et PDC. Le démocrate-chrétien Jean-Paul Gschwind ne veut pas entendre parler d'alliance avec l'UDC: «Le référendum sera lancé et porté par les communes, il sera apolitique.»