Pas d'argent, pas de Suisses. Mercredi, faute de moyens financiers suffisants, le Conseil fédéral a estimé devoir geler le projet USIS, ambitieux chantier qui devait déboucher sur une refonte de tout le système de la sécurité intérieure en Suisse (Le Temps d'hier). Pour Ruth Metzler, le coup est rude.

Déjà affaiblie politiquement depuis des mois, la démocrate-chrétienne s'est fait, cette fois, dicter la décision par ses collègues. Après les polémiques qui l'ont visée à propos du deuxième pilier, après les reproches qui lui ont été adressés pour son départ en vacances en fin de session parlementaire et alors que la votation sur l'asile, à la fin de ce mois, s'annonce particulièrement difficile, la conseillère fédérale démocrate-chrétienne a essuyé un nouvel échec.

Les spécialistes qui travaillent depuis plusieurs années sur le projet avaient identifié un besoin de quelque 900 postes supplémentaires au total dans les différents corps chargés de la sécurité intérieure. Début octobre, évoquant devant la presse le dernier état des variantes étudiées, les responsables d'USIS parlaient encore d'une force de 600 hommes que la Confédération devrait créer pour assurer les tâches permanentes de police incombant à l'Etat fédéral: contrôles aux frontières, protection des ambassades, etc. En parallèle, un corps de 100 à 300 hommes devait, dans ces projections, être mis sur pied par les cantons et cofinancé par la Confédération pour les tâches non permanentes, en particulier la sécurité de conférences internationales.

Mais rien n'était encore définitivement tranché par le Conseil fédéral. Et Ruth Metzler, lors de cette présentation, était elle-même en vacances au bord des flots égyptiens.

Le retour à la surface et aux affaires de la cheffe du Département précéda de peu l'immersion d'USIS. Le 24 octobre, le gouvernement annonçait qu'il renonçait à doter les gardes-frontière de 290 postes supplémentaires. Mercredi, il décidait que l'armée, tout bien réfléchi, ferait l'affaire.

Selon plusieurs sources, les signaux adressés à Ruth Metzler par les départements de Kaspar Villiger (Finances) et de Samuel Schmid (Défense) n'ont pourtant pas manqué. L'état des finances publiques ne permettait pas de lui accorder ce qu'elle demandait sans autre forme de procès.

Le Bâlois Jörg Schild, président de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police, qui ne s'exprime pour l'heure que comme conseiller d'Etat – la Conférence doit prendre position ces prochains jours – note que le déséquilibre entre cantons et Confédération est désormais patent. Car si l'Etat fédéral peut utiliser l'armée pour combler les lacunes en effectifs identifiées par USIS, les cantons sont contraints d'engager du personnel supplémentaire. Une séance a eu lieu, lundi, entre Ruth Metzler et les représentants de la Conférence. Mais la conseillère fédérale n'avait déjà plus le choix.