Walter Fust est psychologiquement affecté de ne pas avoir été élu à la tête du Programme alimentaire mondial (PAM). Kofi Annan lui a préféré Josette Sheeran (LT du 7.11.06). Le secrétaire général des Nations unies a officiellement annoncé la nomination de l'Américaine mardi depuis New York. Walter Fust est-il en train de faire un caprice de pacha? Est-il simplement un mauvais perdant blessé dans son orgueil, lui qui se voyait déjà faire un pied de nez à ses contestataires en accédant à un poste onusien pour finir sa carrière? Pas seulement. Le patron de la Direction du développement et de la coopération (DDC) digère particulièrement mal le fait d'avoir été écarté non pas parce que ses compétences auraient été inférieures à celles de la républicaine Josette Sheeran, mais en raison de manœuvres politiques et financières des Etats-Unis. C'est du moins l'analyse qu'il fait de son éviction.

Mardi, le Saint-Gallois, dans un premier temps un peu désabusé, se disait prêt à parler de sa mésaventure aux médias. Il a ensuite subitement changé d'avis. Excédé par ce qui s'est passé et par le fait que l'annonce officielle mettait du temps à tomber, il est parti furieux de son bureau vers 17 heures. Le patron de la DDC figurait dans la dernière «shortlist à quatre» au même titre que Josette Sheeran, l'Américain Tony Banbury, directeur régional du PAM pour l'Asie, non soutenu par le gouvernement américain, et Robert Fowler, ambassadeur du Canada à l'ONU. Le 1er novembre encore, le Saint-Gallois aurait fait partie des favoris avec Josette Sheeran. Un coup de fil de George W. Bush à Jacques Diouf, patron de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) passé dans la journée de jeudi aurait définitivement scellé l'affaire en sa défaveur: le président américain aurait clairement fait comprendre que les Etats-Unis se montreraient moins généreux si leur candidate officielle n'était pas nommée. Pour rappel, 42% des 2,8 milliards de dollars de budget du PAM sont fournis par les Etats-Unis.

Walter Fust avait déjà senti le vent du boulet vendredi. C'est samedi soir qu'il a officiellement été informé de sa non-élection. A Berne, une certaine déception et incompréhension étaient palpables mardi. Officiellement, le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) «prend acte» de la nomination de Josette Sheeran à la tête du PAM et la «félicite pour sa nomination à cette haute fonction». Le porte-parole Jean-Philippe Jeannerat ajoute que le DFAE «reste convaincu de la qualité de la candidature de Walter Fust, un homme qui aurait pu contribuer de manière significative à la réalisation des objectifs du PAM en lui apportant ses vastes connaissances, ses capacités de direction et son expérience très diversifiée dans le domaine du développement et de l'humanitaire». Harry Sivec, responsable de la communication à la DDC, n'hésite lui pas à qualifier la décision de «surprenante».

Dès l'annonce de la démission de l'actuel directeur du PAM, James Morris, les Etats-Unis avaient d'abord laissé entendre qu'ils ne présenteraient pas de candidat officiel. Cela laissait penser qu'ils ne chercheraient pas à tout prix à placer un des leurs à la tête de l'organisation après déjà quatorze ans de «règne» américain. Puis George W. Bush s'est ravisé en lançant Josette Sheeran dans la course, vers la mi-septembre. L'optique des élections du midterm a très certainement joué un rôle et Josette Sheeran a su bénéficier d'une campagne très dynamique, notamment par le biais d'une brochure de quatre pages vantant ses mérites. La candidature de Walter Fust était alors déjà déposée. Le patron de la DDC se serait-il malgré tout lancé dans la course s'il avait su que les Américains feraient tout pour décrocher la médaille? Probablement oui, soulignait-on hier en coulisses.