Valais

L’école d’art de Saxon renvoie son dessinateur antisémite

L’EPAC a exclu l’étudiant qui publiait des dessins politiques sous le pseudonyme «Artiste Mal Pensant». Proche de l’UDC et accusé d’antisémitisme, il fait l’objet d’une plainte pénale

En avril dernier, il confiait les inquiétudes de ses proches, «manipulés par les médias». Dans une vidéo, le dessinateur «Artiste Mal Pensant» expliquait que ses parents avaient peur que ses idées nationalistes ne nuisent à sa carrière. Finalement, ce jeune valaisan n’obtiendra pas son diplôme. Peu avant ses examens finaux, il avait été suspendu par l’Ecole professionnelle des arts contemporains de Saxon (EPAC). Ce lundi, l’établissement a définitivement rompu son contrat professionnel, suivant les recommandations de la Commission fédérale contre le racisme. Selon la directrice Patrizia Abderhalden, «même s’ils ont été réalisés en dehors de l’école, ses dessins dépassent toutes les normes pénales suisses». Pour elle, il ne s’agit pas de maladresses ou de dérapages: «Il assume ses œuvres.»

Artiste Mal Pensant a réussi à se placer en pole position des dessinateurs complotistes du pays

Sous pseudonyme, ce jeune homme de 25 ans partageait régulièrement ses caricatures politiques avec un public de plus de 5000 suiveurs sur les réseaux sociaux. Ses croquis de juifs, de migrants, de «gauchistes» ou d’homosexuels étaient relayés par des membres de l’UDC, des figures de l’extrême droite française, et plusieurs sites de la droite pamphlétaire, parmi lesquels Lesobservateurs.ch. Pour le secrétaire général de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD), «en entretenant l’obsession récurrente d’un complot juif diabolique, Artiste Mal Pensant a réussi à se placer en pole position des dessinateurs complotistes du pays». Le 24 mai, l’organisation dénonçait une violation de la norme pénale contre la discrimination raciale au Ministère public valaisan.

Lire aussi: L’UDC lâche un dessinateur antisémite

Sympathisant de l’UDC du Valais romand

Membre militant du mouvement nationaliste Résistance Helvétique, Artiste Mal Pensant a réalisé plusieurs dessins pour les jeunes UDC valaisans. Il apparaît sur de nombreuses photographies en compagnie d’élus du parti, comme le conseiller national Jean-Luc Addor ou le président Jérôme Desmeules. Fin mai, ce dernier se distanciait de l’illustrateur dans les médias: «Poser avec lui ne signifie pas que j’approuve ses opinions. Ni moi ni l’UDC ne partageons ses thèses antisémites.» Vendredi dernier, l’étudiant participait au repas de soutien de l’UDC de Monthey. Il prenait à nouveau la pose avec Jérôme Desmeules et plusieurs membres influents du parti, parmi lesquels Oskar Freysinger.

Nous ne pouvions pas le laisser continuer à produire pareils dessins en utilisant notre nom

Ces dernières semaines, plusieurs figures de l’extrême droite française ont exprimé leur soutien à Artiste Mal Pensant, victime, selon eux, des «anti-Blancs», de «la police de la pensée», ou de «la haine talmudique». Aujourd’hui, plusieurs anonymes qui se décrivent «patriotes» dénoncent une atteinte à la liberté d’expression. Pour la fondatrice de l’EPAC Patrizia Abderhalden, «l’image de l’école a beaucoup souffert de cette histoire malsaine». Elle justifie sa décision: «Nous ne pouvions pas le laisser continuer à produire pareils dessins en utilisant notre nom.» L’étudiant peut contester son renvoi. Contacté, il n’a pas répondu aux sollicitations du Temps.

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