Quel sera l’impact du semi-confinement sur le niveau des élèves? Au-delà du port du masque, c’est la grande préoccupation de cette rentrée scolaire extraordinaire. Alors que tous les élèves romands sont désormais de retour sur les bancs de l’école, l’heure est au bilan. Un travail qui devrait prendre au moins un mois, voire davantage, certaines fragilités ou lacunes pouvant se révéler sur le tard. Soutien scolaire renforcé, modalités d’évaluation adaptées ou non: chaque canton tient sa recette pour rattraper le retard accumulé. Une diversité d’approches critiquée par le Syndicat des enseignants romands (SER) qui aurait souhaité davantage d’uniformité, comme sur le plan sanitaire.

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A Genève, les évaluations notées sont proscrites durant le premier mois au secondaire II, soit Collège, Ecole de commerce et Ecole de culture générale, afin de procéder à une remise à niveau. A l’école obligatoire, en revanche, la liberté est laissée aux enseignants. Pas d’instructions particulières non plus dans le canton de Fribourg ou de Vaud, qui a toutefois décrété une diminution générale du nombre de notes, auparavant l’un des plus élevés de Suisse. A Neuchâtel, les trois premières semaines sont consacrées à des révisions, sans notes, afin d’établir un diagnostic des besoins. Le canton a par ailleurs annoncé qu’il débloquerait 1 million de francs supplémentaires pour le soutien scolaire à l’école obligatoire et 2 millions au secondaire, de manière à prévenir les décrochages.

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«Coordination maximale»

En matière d’éducation chaque canton est souverain. Samuel Rohrbach, président du SER, le sait bien. Compte tenu des circonstances exceptionnelles, il aurait toutefois souhaité que tous les élèves romands bénéficient d’une rentrée sous les mêmes auspices. «Il ne faudrait pas que la situation d’un jeune en difficulté se détériore encore ce semestre à cause des conditions d’évaluation plus sévères d’un canton à un autre, estime le syndicaliste. Je fais toutefois confiance aux enseignants pour ne pas tomber dans une surévaluation. Si une classe entière peine à suivre, il faut agir rapidement.» Alors que le recul n’est pas encore suffisant pour mesurer les lacunes, le suivi des élèves placés en quarantaine le préoccupe. «A ce jour, les enseignants n’ont pas toujours le détail des dispositifs prévus qui peuvent varier. Par ailleurs, tous les élèves n’ont pas le même équipement, certains disposent de webcams, d’autres pas.»

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De son côté, la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP) affirme que la coordination a été maximale, dans les limites des législations scolaires cantonales. «Que la question de l’évaluation soit traitée différemment selon les cantons n’implique pas forcément une inégalité de traitement, estime le président de la CIIP Jean-Pierre Siggen. Ce n’est qu’un élément de l’ensemble des mesures pédagogiques proposées aux élèves. L’important est de voir ce qui est mis en œuvre pour accompagner les élèves fragilisés par la période de semi-confinement.»

A Genève, les syndicats dénoncent un manque de moyens. «A cause des coupes budgétaires, il y aura moins d’heures d’appui cette année, alors même que c’est maintenant qu’on en a le plus besoin», s’alarme David Fernex, président de la Fédération des associations des maîtres du cycle d’orientation. Des critiques balayées par le Département de l’instruction publique (DIP). «Pour le cycle d’orientation, il y a environ 1500 périodes, soit environ 68 postes dédiés aux moyens d’appui, de soutien et de dépannage, énumère Pierre-Antoine Preti, porte-parole du DIP. L’organisation et le déploiement de ces mesures sont laissés à la liberté des directions d’établissement qui disposent de l’expertise nécessaire.» Le département précise encore que les différents types de soutien pourront perdurer plus ou moins longtemps durant l’année scolaire selon les besoins.

Retour à la normale

Comment réagissent les parents, parfois méfiants envers l’école durant le semi-confinement? «Dans l’ensemble, les retours sont positifs, note Marie-Pierre Van Mullem, présidente de l’Association vaudoise des parents d’élèves. Lorsque les directions communiquent de manière claire sur les mesures sanitaires, l’accueil ou encore l’évaluation, les parents sont rassurés. Si le flou règne, en revanche, ils ont le sentiment que leur enfant est mal accueilli, mal protégé, cela crée un doute, une méfiance généralisée. Certains d’entre eux ne comprennent pas pourquoi des évaluations sont prévues dès la deuxième semaine.»

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Pourquoi ne pas avoir instauré de trêve comme à Genève? «Les élèves n’ont pas eu de notes depuis mars, rappelle la cheffe de l’école vaudoise Cesla Amarelle. Il est important de marquer un retour à la normale en laissant les enseignants reprendre la main. D’ordinaire, les premières semaines à la rentrée sont consacrées à la révision des compétences oubliées durant l’été.» En revanche, le canton a décidé de réduire le nombre de notes, passant de quatre évaluations hebdomadaires en moyenne à trois. En ce qui concerne les lacunes, un premier bilan sera dressé fin septembre. «Selon l’ampleur des besoins, au niveau individuel mais aussi d’une classe ou d’une volée, il faudra débloquer des moyens supplémentaires», prévient la conseillère d’Etat.

Séquelles psychologiques

Au-delà des lacunes scolaires, d’autres séquelles inquiètent Francesca Marchesini, présidente de la Société pédagogique genevoise. «Au primaire, l’apprentissage fonctionne par cycle sur deux ans, les notions sont sans cesse revues, cela permettra de récupérer le retard accumulé plus facilement qu’au secondaire», rappelle-t-elle. Les conséquences psychologiques du confinement, en revanche, sont à ses yeux plus préoccupantes. «Certains élèves sont restés confinés avec des parents alcooliques, négligents, ou ont été livrés à eux-mêmes.» Résultat: un décrochage avec l’école en tant qu’institution. «On constate que les classes sont très agitées, poursuit Francesca Marchesini. Il faut à tout prix reposer un cadre pour restaurer le lien avec l’école.»