Revalorisation des notes, réhabilitation de la mémorisation et retour aux disciplines fondamentales: Oskar Freysinger présente à la presse ses «dix thèses sur l’école». Ce petit livre à la couleur violette prétend que «la pédagogie n’est pas une science exacte». Il sera distribué aux directions des établissements scolaires. Le conseiller d’Etat résume: «c’est un axe philosophique sur ce que devrait être l’école selon moi». Parmi de nombreux collaborateurs du département, son conseiller en communication Slobodan Despot écoute attentivement. Il a participé à la rédaction du document: «C’est un message personnalisé, ce n’est pas un projet concret avec des aspects techniques».

J’ai le sentiment d’un retour à l’école des régents

Ce manuel provoque l’ire des enseignants. Pour les présidents de leurs associations, «le ministre enfonce des portes ouvertes». Depuis qu’Oskar Freysinger dirige le département de la formation, «la manière de travailler a changé», et «la défiance a remplacé la confiance». La profession n’a pas été associée à la réflexion, ni même consultée. Olivier Solioz représente les enseignants de l’école primaire (SPVal). Il juge que «ces dix thèses sont des grands principes populistes» et il attend impatiemment des mesures concrètes, promises pour l’automne. Adrienne Furrer-Mittaz défend les intérêts de l’école secondaire (AVECO) et elle s’inquiète de «ce qui se cache derrière ces belles paroles». Elle a «le sentiment d’un retour à l’école des régents».

L’UDC veut réhabiliter l’école traditionnelle

Dans son programme pour un parti gouvernemental, l’UDC valaisanne définissait son école idéale en 2013. Elle «transmet des connaissances», mais elle «n’a pas pour vocation d’éduquer». Proche du catalogue de revendications publié par l’UDC Suisse en 2010, ce document a été rédigé par l’ancienne députée Ariane Doyen, devenue collaboratrice scientifique du ministre. Pour «réhabiliter l’école traditionnelle», le parti recommande au canton de se distancier des concordats intercantonaux et des plans d’études harmonisés, ces «programmes délétères que des technocrates cherchent à nous imposer». Le conseiller d’Etat, lui, refuse de commenter les similitudes entre ses dix thèses et la doctrine de son parti: «Je ne fais pas de politique, je gouverne».

le ministre n’a jamais donné d’impulsion, ni pris la moindre mesure d’envergure en trois ans

Depuis son élection en 2013, Oskar Freysinger a pratiqué différentes coupes budgétaires dans la formation. Les associations les estiment à 50 millions de francs ou à une centaine d’emplois à plein-temps. Deux périodes hebdomadaires ont été amputées du programme des élèves de la dernière année d’école obligatoire. Auparavant réunies, l’histoire, la géographie et les sciences constituent désormais des branches distinctes. Le département a encore décidé de diminuer l’enveloppe budgétaire des logopédistes. Sa mesure la plus forte demeure sans doute le rattachement de la Haute école pédagogique au service de l’enseignement. Pour le président de la SPVal, Olivier Solioz, «le ministre n’a jamais donné d’impulsion, ni pris la moindre mesure d’envergure en trois ans». Le conseiller d’Etat soutient qu’il voulait «prendre le temps d’observer avant d’agir».

Jusqu’à l’élection d’Oskar Freysinger en 2013, les libéraux radicaux se succédaient au département de l’éducation. Avant de quitter son bureau, Claude Roch a fait voter deux lois sur l’enseignement obligatoire. Aujourd’hui en vigueur, elles réduisent la marge de manœuvre de son successeur. Pour lui, «Oskar Freysinger tente de rendre l’école plus conservatrice et le gouvernement semble le suivre». Mais «il devra respecter les accords intercantonaux et il lui sera difficile de modifier les lois». Malgré tout, l’application du plan d’études qui harmonise la scolarité obligatoire des cantons alémaniques prend du retard dans le Haut-Valais, comme dans la demi-douzaine de cantons où l’UDC est en charge de l’éducation.

La réforme de la Loi sur l’instruction publique a débuté

En décembre dernier, Oskar Freysinger avait réaffirmé l’alliance de l’Etat et des églises chrétiennes. Pour favoriser la pratique spirituelle des élèves, et «protéger la jeunesse des drogues, du suicide, des sectes et de la radicalisation islamiste». Il a désormais formé un groupe de travail qui réfléchit à une réforme de la Loi sur l’instruction publique (LIP). Entrée en vigueur en 1962, elle définit la mission générale de l’école: «seconder la famille dans l’éducation et l’instruction de la jeunesse». Cet article qui sert de base légale à l’éducation civique ou à l’éducation sexuelle, entre autres, sera sans doute l’enjeu majeur du débat. Pour l’UDC valaisanne, «les parents éduquent, l’école instruit».

Pour de nombreux enseignants, les dix commandements du conseiller d’Etat doivent beaucoup au philosophe Jean-Romain, auteur d’une Lettre ouverte à ceux qui croient encore à l’école. Mais depuis octobre 2014, ils n’ont plus le droit de s’exprimer dans les médias sans l’autorisation du chef du service de l’enseignement. Pour l’un d’eux, «l’école d’Oskar Freysinger a été pensée par des élites, et pour des élites, au détriment des élèves les moins doués». Un autre s’emporte: «il veut nous ramener cinquante ans en arrière, au temps de l’école de grand-papa». Pour le président de la SPVal, plus mesuré, «on va vers une école restrictive, qui met en danger la liberté pédagogique des enseignants».