Mesure-t-on bien, entre Arve et Versoix, le patient travail d'approche, de discussions et de contacts qui a permis au canton de Vaud voisin d'éteindre peu à peu le conflit sur les notes à l'école? Les étapes qui ont conduit au contre-projet présenté ce printemps par Anne-Catherine Lyon ont été nombreuses et non dénuées de tensions. Le délai demandé pour élaborer ce texte, après déjà deux ans d'attente, avait notamment failli être refusé par le Grand Conseil. Ensuite, il a encore fallu une commission parlementaire décidée à travailler ce contre-projet dans un esprit de compromis, puis un Parlement déterminé à laisser le côté les oppositions idéologiques.

A Genève, où l'initiative de l'Association refaire l'école (ARLE) est plus récente (début 2003), le processus est encore embryonnaire. En attendant le contre-projet du Conseil d'Etat, les initiants campent fermement sur leurs positions.

Rivée à des horizons budgétaires qui déchantent, la Société pédagogique genevoise (SPG) répète que «l'élève ne doit pas travailler pour la note», mais craint surtout, comme le dit son président Olivier Baud: «Un débat pour la forme, en l'absence de moyens.» Tout juste arrivé à une première synthèse d'une consultation très largement lancée, le Département de l'instruction publique (DIP) attend encore diverses interventions avant de rédiger un contre-projet promis pour septembre. Les fronts ont l'air figés.

Ce qui ne veut pas dire que les uns ne peuvent pas apprendre des autres. Le Parti radical genevois s'est précipité sur cette piste mardi en faisant l'apologie de la solution vaudoise. Selon le président du parti, François Longchamp, il suffit de plagier – le plus ouvertement du monde – le texte concocté par le voisin, pour retrouver la concorde sur le front des notes. Forts de cette conviction, les radicaux ont déposé un projet de loi entièrement rédigé, «copie conforme de ce qui vient d'être fait en Pays de Vaud, à quelques détails rédactionnels près». Pour le président de la commission de l'enseignement, Jacques Follonier, ce texte est de nature à terminer une guerre des notes qui a «assez duré». A l'examen, cette loi «clé en main» s'avère toutefois décevante. Sur plusieurs points déterminants, elle ne propose, du fait des particularités genevoises, pas de résultante entre l'initiative d'ARLE et la situation qui prévaut dans les collèges en rénovation. Les notes sont ainsi voulues «dès la division moyenne», soit la 3e primaire, comme le demande ARLE. Vaud introduit pourtant ces notes en 5e année, ce qui aurait pu représenter un moyen terme. Repris d'un canton où l'organisation en cycles de deux ans n'est pas contestée, le «plagiat radical» laisse aussi de côté les cycles de quatre ans qui opposent profondément ARLE et l'école genevoise rénovée. Il se contente ici de l'ancien article qui dit qu'à Genève, «l'école primaire comprend six degrés ou années d'étude». La démarche est enfin teintée d'une profonde méfiance face à une consultation où le DIP a plutôt maladroitement associé la SPG et le groupement cantonal des associations de parents. Avides de visibilité politique, les radicaux paraissent en fait plus soucieux d'occuper le terrain des notes que de trouver un vrai compromis.

Si des ressemblances directes avec Vaud sont à chercher, ce serait plutôt du côté de Fribourg. «Il y a eu beaucoup d'échanges d'information entre les deux cantons», note Michel Perriard, secrétaire général du Département de l'instruction. Sa patronne, Isabelle Chassot, a stoppé les évaluations en fin de 4e primaire, soit à la charnière également adoptée par les Vaudois. La conseillère d'Etat doit maintenant répondre à diverses interpellations parlementaires et il est probable qu'une forme de coordination romande sera ici très visible.

Dans une ambiance où les élections de 2005 commencent déjà à échauffer les esprits, peut-être que Genève ne voudra d'ailleurs pas faire l'économie d'une votation. Autour du jet d'eau, les vives oppositions peuvent rapidement cicatriser, comme l'a montré le débat sur la 7e hétérogène qui, sitôt tranché par un vote, est passé aux oubliettes. Dans la population, la fracture scolaire est sans doute moins profonde que ne le laisse penser le climat politique entourant l'initiative d'ARLE. Même s'il est certain que Genève ne peut encore vivre longtemps avec deux systèmes scolaires primaires juxtaposés.

Débat ce soir à 20 h 00 à Uni Dufour, intitulé «L'école primaire face à son avenir».