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L’Ecole hôtelière de Lausanne crée son incubateur

Entre pratiques classiques de l’hôtellerie et part croissante de la gestion, l’institution fait le grand écart. Elle se dote de locaux pour des start-ups fondées par ses étudiants

Double mouvement à l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL). Depuis la rentrée de septembre, l’institution a redonné une meilleure place aux fondamentaux – cuisine, service, etc – au début de la formation, et dans le même temps, elle se dote d’un incubateur pour les start-ups que veulent créer les étudiants en fin de parcours.

Un encadrement pour les jeunes entrepreneurs existait déjà, mais depuis quelques semaines, l’incubateur dispose de locaux sur le campus de l’EHL, accueillant déjà cinq jeunes pousses, dont certaines ont été présentées mercredi à l’occasion d’une soirée de l’Ecole. Dans des locaux réaménagés, la couveuse à start-up propose des bureaux à prix de faveur.

Diplômé de la volée 2011, Jonathan Voumard en occupe un, avec trois associés. Il a fondé myextras.ch, une plateforme destinée aux professionnels de la branche, qui met en liaison hôtels ainsi que restaurants et travailleurs indépendants. «J’ai senti le besoin dans la branche, en travaillant moi-même durant mes études. Je constatais la forte demande pour une certaine flexibilité. Et le franc fort a accru l’importance du travail occasionnel», explique-t-il.

Son projet a reçu plusieurs appuis institutionnels, notamment de la Fondation pour l’innovation technologique, à laquelle contribue la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie. Dans les locaux d’à côté, des camarades planchent sur une solution de locations de meuble pour appartements, visant par exemple les multinationales qui hébergent des collaborateurs pour une durée déterminée; une autre start-up développe un système de gestion des chambres à distance pour hôteliers indépendants.

Soutenu par la Fondation Gebert Ruf, le nouvel incubateur de l’EHL «offre davantage que quatre murs. Il y a aussi un encadrement, et une proximité avec les gens et les compétences de l’EHL», plaide son responsable, Frédéric Delley. Venu de l’EPFL, il se dit «impressionné par l’esprit d’entrepreneuriat» régnant parmi les étudiants de l’Ecole.

Doyen et directeur de l’enseignement et la recherche, Fabien Fresnel confirme: « De plus en plus d’étudiants veulent devenir entrepreneurs. Et l’apport de la technologie change totalement la donne du secteur. » Frédéric Delley cite pour exemple les réseaux sociaux, auxquels l’hôtellerie recourt toujours plus fréquemment, générant «un métier qui n’existait pas il y a cinq ans». Même si l’entreprise s’est finalement installée à Londres, l’Ecole a déjà son succès maison: le site de location d’appartements Housetrip, naguère conçu à l’EHL par l’un de ses étudiants.

Avec sa couveuse à entreprises, l’EHL se donne un atout dans un paysage où la concurrence s’accroît, avec l’expansion de l’Institut de Glion et des Roches, l’école de Genève, et d’autres encore, qui foisonnent en terres romandes. Elle joue aussi le grand écart, en tentant, sous la pression des grands hôteliers de la place, de revaloriser les savoirs de base (LT du 19.06.2012. Durant l’année préparatoire, la part pratique a été augmentée. «L’intangible, les bases du métier, la relation au client, nous avait un peu échappé», relève Fabien Fresnel. Désormais, les responsables veulent renouveler le cursus de bachelor.

Entre les aspects matériels du métier et la montée en importance des connaissances de gestion, voire de finance, l’EHL cherche à placer le curseur, ce qui ne va pas sans tensions internes. «Le moment est difficile pour l’ensemble du secteur et pour une école hôtelière», relève le doyen, «l’industrie s’est financiarisée, et dans le même temps, nous devons nous recentrer sur les métiers de l’accueil». En tout état de cause, la création de petites sociétés semble promise à un certain avenir sur les hauts de Lausanne: Frédéric Delley annonce une sixième pousse à mi-novembre, tandis que le programme « étudiants-entreprise », durant lequel les pupilles conçoivent des modèles d’affaires, génère une quinzaine de projets par année.

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