Genève

L’Ecole privée Moser obtient la reconnaissance de la maturité

L’établissement privé genevois espère ainsi stopper l’hémorragie d’élèves qui rejoignent le public à la fin du Cycle d’orientation. Le canton de Vaud reste sourd à cette demande

Cette fête-là, voilà des années qu’Alain Moser, patron de l’Ecole Moser, rêvait de l’organiser. Ce sera chose faite d’ici à quelques jours. Cette école privée vient en effet d’obtenir la reconnaissance définitive de la maturité cantonale, fait confirmé par le Département de l’instruction publique (DIP) sans autre commentaire. Alain Moser n’a, lui, pas de mots assez forts pour qualifier cette victoire: «C’est historique en Suisse romande, après des années de travail et d’engagement.»

«Nos examens ont été passés à la loupe»

L’affaire démarre il y a près de vingt ans sous l’impulsion du père d’Alain Moser. Les conseillers d’Etat se succèdent, certains plus favorables que d’autres, mais cette revendication n’est une priorité ni pour les uns ni pour les autres. Car le public se méfie du privé, et inversement. Il y a 3 ans, Anne Emery-Torracinta décide cependant de poursuivre le processus entamé sous ses prédécesseurs. L’Ecole Moser est astreinte à une période d’observation de trois ans: «Nos examens ont été passés à la loupe par des experts cantonaux, nous avons dû adapter les plans d’étude, les grilles horaires et certains contenus de cours», explique le directeur. Pour remplir l’exigence d’équivalence des diplômes étrangers de nombreux professeurs, il a fallu les inciter à compléter leur formation à Genève. Avec la crainte que certains d’entre eux ne filent dans le secteur public, une fois l’équivalence acquise, les salaires y étant plus hauts. Pour éviter cette fâcheuse conséquence, le directeur a donc revalorisé les rémunérations et augmenté les tarifs de son établissement.

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Pour lui, il était temps qu’arrive la bonne nouvelle. Le fait qu’elle tombe au moment où se font les inscriptions pour l’année prochaine ne doit d’ailleurs pas être étranger à sa joie. Mais il s’agissait aussi de stopper l’hémorragie d’élèves à la fin du cycle – entre 20 et 30% – que l’absence de reconnaissance conduisait à quitter son établissement pour intégrer le secteur public. Pour quelle raison, alors que la maturité fédérale accordée par les écoles privées permet aussi l’entrée dans les Universités suisses? «Parce que le système d’obtention de la maturité fédérale prétéritait nos élèves, qui devaient passer un examen basé sur l’acquis de trois ans, à la fin de l’été, hors du canton et sous la surveillance d’experts fédéraux», répond Alain Moser. Si d’autres écoles ont sollicité cette reconnaissance, Moser est pour l’heure la seule à l’avoir obtenue. L’occasion pour son directeur de tacler ses concurrents: «Celles pour qui les élèves en échec sont le fonds de commerce ne la demanderont pas, puisque la maturité cantonale ne permet pas plusieurs redoublements.»

Le même combat dans le canton de Vaud

L’homme est tenace, et il promet désormais de redoubler d’énergie afin d’obtenir la même chose pour son établissement de Nyon, avec plusieurs autres écoles privées. Mais il pourrait trouver plus coriace que lui. La conseillère d’Etat vaudoise Cesla Amarelle avait déjà douché ses espoirs l’an dernier. Alain Moser est revenu à la charge, avec cet argument: «L’objectif du canton de Vaud est de diminuer le nombre de gymnasiens. S’il doit chaque année accueillir une cinquantaine d’élèves de Moser dans ses gymnases, il va contre son intérêt. Alors que s’il nous accorde la reconnaissance, nous conservons ces élèves et c’est une économie pour le canton.» Un argument auquel la ministre socialiste n’est pas sensible: «La priorité de la législature en cours pour le secondaire II reste la revalorisation de la formation professionnelle. Il n’y a, aujourd’hui, pas de besoin de changement dans la maturité vaudoise, alors que l’offre publique propose déjà de nombreuses filières de qualité.» S’il n’obtient pas gain de cause, Alain Moser pourrait fermer la filière du secondaire II: «Je peux arrêter au niveau de la 11e année et envoyer tous les élèves dans le public. Car je ne vais pas ouvrir des classes pour quelques élèves seulement.»

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