Tout, mais pas Oskar Freysinger. C’est ce que semble penser une majorité des employés du Département de l’éducation, de la culture et du sport (DECS). La première réunion des nouveaux membres du Conseil d’Etat valaisan a eu lieu mercredi matin. Mais elle n’a pas permis de déterminer la répartition des départements. Les enseignants devront attendre jusqu’au 1er mai, date de la première séance officielle du nouveau collège, pour savoir qui sera leur chef.

Parmi les têtes pensantes du département, on a «angoissé» à l’idée d’avoir le nouvel élu UDC, lui-même enseignant au collège, comme patron. En raison de ses positions sur l’école. Oskar Freysinger écrivait par exemple dans son programme de campagne qu’il fallait «renforcer la prise en charge d’élèves avec de graves déficits dans des classes spéciales…» Une idée qui hérisse ceux qui, au département, ont justement fait le choix de l’intégration.

Mais ceux-là sont moins craintifs aujourd’hui, voyant que les autres partis ne semblent pas prêts à accorder à l’UDC le département dont il rêvait. Stéphane Rossini, conseiller national socialiste, a écrit dans le journal socialiste valaisan qu’Oskar Freysinger devait se charger de la Sécurité. Et le président du PDC du Valais romand, Michel Rothen, lui aussi enseignant, ne se privait pas de dire au lendemain des élections qu’il n’imaginait pas l’UDC à la tête de l’Education.

C’est que ce département en mains PLR depuis 1981 attise toutes les convoitises, maintenant que le parti a perdu son siège. Les principales réformes de l’éducation sont terminées. Le Valais s’est doté d’une haute école pédagogique (HEP) pour former ses enseignants, l’enseignement dans les cycles d’orientation a été modifié, le programme de l’école obligatoire a été harmonisé avec les plans d’études des autres cantons latins. Le parlement doit encore se prononcer sur la réorganisation de l’enseignement primaire, mais la nouvelle loi est prête.

Aux yeux des partis, il ne reste plus qu’à inaugurer les onze chaires de l’EPFL qui vont s’implanter prochainement en Valais. «C’est une étape qui marquera l’histoire du canton», dit-on au PDC. Une vision simpliste de la question pour Jean-François Lovey, chef du Service de l’enseignement. «Il subsiste encore des questions sur l’avenir des écoles de commerce, sur la durée des études gymnasiales et, surtout, il y a toujours plus de jeunes qui ne trouvent pas de débouchés et sont en proie à diverses difficultés familiales et professionnelles», souligne-t-il.

Dans les hautes sphères de l’administration cantonale, quelques hypothèses récurrentes circulent. Maurice Tornay avait la charge de trois départements très lourds avec les Finances, la Santé et les Institutions. Bientôt à l’âge de la retraite, il ne devrait pas se représenter dans quatre ans. Ils étaient plusieurs à imaginer mercredi qu’il pourrait reprendre l’Ecole et laisser la Santé après les grandes difficultés qu’il a rencontrées lors de la réforme du système hospitalier. Certains PDC estiment aussi que Jean-Michel Cina, qui a œuvré à la venue de l’EPFL en Valais, devrait pouvoir gérer les hautes écoles puisque ces dernières sont souvent liées au développement économique dont il a la charge.

Deux choses semblent certaines. Premièrement, il sera très difficile pour Oskar Freysinger d’obtenir le département convoité par le PDC. Ce qu’il semble avoir compris. «Je prendrai ce que l’on m’attribuera, mais je me battrai pour que la gauche n’obtienne pas la gestion de l’Education en Valais», déclarait-il dans Le Matin il y a cinq jours.

Deuxièmement, les départements seront considérablement remaniés. Même si les conseillers d’Etat sortants semblent avoir du mal à se séparer des services qu’ils ont conduits. «Par attachement aux collaborateurs, pour continuer les projets en cours, et parfois pour ne pas se faire traiter de couard en abandonnant un département difficile», explique-t-on au PDC.

Et les dossiers difficiles ne manquent pas en Valais. La construction de l’autoroute dans le Haut-Valais fait débat depuis des décennies. L’aménagement du territoire promet d’être un sujet brûlant avec l’entrée en vigueur de la nouvelle LAT et de la Lex Weber. La correction du lit du Rhône mange les terres de paysans furieux. La construction d’une ligne à très haute tension provoque de multiples oppositions à la veille des négociations sur les contrats d’exploitation des barrages. Autant de sujets sur lesquels l’UDC s’est la plupart du temps positionnée en critique de l’Etat. Et désormais autant de pièges potentiels pour le ministre Oskar Freysinger.

Les autres partis ne semblent pas prêts à accorder au ministre UDC le département dont il rêvait