Une douzaine d'enfants jouent seuls dans un espace réservé: deux garçons se cachent sous des couvertures et se chuchotent des secrets, deux petites filles ont ouvert le magasin, quatre autres construisent une ville en bois, un garçonnet lit seul dans son coin. Pas d'agitation. Dans la salle de classe, l'autre moitié des élèves de la classe élémentaire B est assistée par deux enseignantes. Les uns dessinent, les autres exercent divers systèmes de classement.

Difficile ce lundi matin de repérer les huit plus jeunes qui viennent de commencer leur carrière scolaire dans une des trois classes élémentaires pilote de l'école de Seefeld, un quartier résidentiel zurichois. Comme dans plusieurs autres cantons de Suisse orientale, ce nouveau modèle de scolarisation est testé depuis une année. Le principe: des enfants des deux années d'école enfantine et de la première année primaire (parfois même les deux premières années primaires) sont regroupés en une seule classe multiâge, sous la responsabilité conjointe de deux enseignantes. Le quotidien est structuré en séquences guidées pour petits groupes et des plages libres pour jouer.

«Les petits apprennent des grands, c'est un moteur formidable», se réjouit Karin Brunner. Enseignante primaire, elle fait équipe avec Brigit Reichert, jardinière d'enfants. Qui explique: «C'est une réponse idéale aux divers niveaux de développement des enfants.»

Le modèle de classe élémentaire à plusieurs niveaux avait fait échouer la première mouture de loi sur l'école primaire zurichoise en 2002. Esther Guyer, députée écologiste et présidente du projet dans le cercle scolaire de Seefeld, n'a pas abandonné la lutte et espère bien convaincre une majorité de ses collègues au parlement. «L'école enfantine touche à ses limites, en mettant de côté la lecture et d'autres formes d'apprentissage; elle ne correspond plus aux enfants d'aujourd'hui.» Une nouvelle votation sur le sujet n'interviendra pas avant 2009.

Les enseignantes sont partagées. Une partie craint que les jeunes élèves soient confrontés trop tôt à la dure réalité scolaire. Esther Guyer ne comprend pas: «Regardez ces enfants, ils ont envie de comprendre et d'apprendre.» Plus pratiques, certaines enseignantes primaires craignent une perte de statut.

Zurich avance de front avec une bonne partie des cantons alémaniques. La partie alémanique de Fribourg, ainsi que Berne et Lucerne, suivent le mouvement dès cette rentrée scolaire, Bâle se tâte, mais les cantons romands ne sont pas intéressés.

L'expérience s'inscrit pourtant dans la ligne définie en juin dernier par les directeurs cantonaux de l'Instruction publique qui veulent «abaisser l'âge d'entrée à l'école, assouplir et individualiser le début de la scolarité».