Climat

L’écolière qui appelle à la grève du silence

Fascinée par Greta Thunberg, Diane Lou Pellaud Eastes préconise une grève du silence, préférable selon elle à une grève des cours. A Malleray, elle a réussi à mobiliser une cinquantaine d’élèves pour lutter contre le changement climatique

C’est à une grève d’un nouveau genre qu’appelle Diane Lou Pellaud Eastes: celle du silence. Cette écolière de 15 ans de Sorvilier, une commune de 300 habitants dans le Jura bernois, préfère manifester sans sécher les cours. A l’école secondaire de Malleray qu’elle fréquente, elle a réussi à réveiller les consciences. La direction a bien réagi et une cinquantaine d’élèves s’apprêtent à lancer plusieurs projets pour lutter contre le réchauffement climatique.

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C’est l’histoire d’une jeune fille hyperactive qui fait déjà du piano, du chant, du cirque et du cheval. Mais sa vie a changé lorsqu’elle découvre l’action de Greta Thunberg, la militante suédoise qui a entamé l’an dernier une grève de l’école chaque vendredi pour se planter devant le parlement à Stockholm. Celle-ci vient en Suisse à l’occasion du WEF à Davos, puis s’exprime devant le Parlement européen. Une révélation pour Diane Lou: «Greta Thunberg a eu le courage de s’exprimer et d’entreprendre une action concrète, admire-t-elle. Cela m’a donné envie de faire quelque chose de pareil.»

Diane Lou, comme tous ses camarades de l’école secondaire de Malleray, n’a pas participé à la grève des cours que des milliers d’écoliers suisses ont faite le 18 janvier et le 15 mars de Genève à Zurich. Cette forme de protestation n’entre pas dans la culture politique suisse, et encore moins dans celle d’un Jura bernois industriel et travailleur. Et puis, dans la famille Pellaud Eastes, le papa, Richard Emmanuel, est un docteur en sciences de l’éducation et la maman, Francine, est une professeure à la Haute école pédagogique (HEP) de Fribourg. Difficile pour eux de cautionner une grève des cours. Pour sa part, l’adolescente, qui rêve de devenir vétérinaire, tient à étudier et à apprendre. Après une discussion avec ses parents, elle se décide pour une autre forme de protestation: la grève du silence. Elle sera présente en classe, mais sans participer activement aux leçons.

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La direction de l’école compréhensive

Elle n’aura pas besoin de passer à l’action. Le 21 mars, Diane Lou prend tous ses professeurs de court lorsqu’elle leur fait part de sa décision. Certains froncent les sourcils, d’autres accueillent la démarche avec bienveillance, comme le directeur de l’école, Manuel Leonardi. Face à cette fille «douée, crocheuse et déterminée», celui-ci se montre compréhensif, tout en la dissuadant d’entamer une grève du silence. «Cela aurait compliqué l’enseignement. Je lui ai expliqué qu’elle avait atteint un premier but en nous alertant et en nous enjoignant de lutter contre le réchauffement climatique», raconte le directeur. Qui lui propose de s’adresser à toute l’école dès le lendemain.

Ce vendredi-là, Diane Lou se montre convaincante devant tous ses camarades réunis dans la cour de l’école. «Cela fait 30 ans que nous savons que le climat se réchauffe et que nous ne faisons rien. Il est urgent d’agir», insiste-t-elle. En dix minutes, elle parvient à mobiliser les autres élèves au-delà de toute espérance. Une cinquantaine d’entre eux – elle en attendait «dix au maximum» – se déclarent prêts à lancer plusieurs projets: une lettre au Conseil fédéral, une transformation des infrastructures de l’école, une exposition sur les enjeux du changement climatique et un concours de nettoyage des déchets.

C’est le projet d’exposition qui la motive le plus. Dans ce groupe de travail, où participe aussi son frère, Diego, elle envisage d’esquisser les deux scénarios possibles: «Une fin joyeuse et optimiste qui voit l’humanité relever le défi climatique, et le scénario catastrophe de la passivité et de l’inaction.» De son côté, le directeur de l’école est ravi de voir autant d’élèves motivés. «Nous sommes prêts à les encadrer, mais ce sera aux jeunes de mener les projets à bien», précise Manuel Leonardi.

Sur le Net, avec l’aide de ses parents, elle a créé son propre site: Bec & plumes. Avec Memphis le chien et Domino le chat dans les bras, on la voit conter la fable de la grenouille, ce batracien qui finit par être ébouillanté après avoir été plongé dans un bassin dont l’eau se réchauffait progressivement. «Voulons-nous tous devenir des grenouilles?» interroge-t-elle. Elle se dit consciente qu’elle aussi devra changer son mode de vie. Elle promet de ne plus manger de la viande «qu’en des occasions exceptionnelles» comme lors des réunions de famille et des fêtes. De même, elle compte faire pression sur sa famille pour que les destinations de vacances soient atteignables en train.

Pessimiste, mais pas résignée

A l’image de Greta Thunberg, elle ne cache pas qu’elle est «très pessimiste». Elle doute que la société de consommation dans laquelle le monde baigne adopte les bons comportements d’un jour à l’autre. «Je ne vois pas l’économie s’arrêter de produire intensivement. De plus, les gens qui n’ont pas encore d’iPhone aspireront forcément à en avoir un», craint-elle. Mais elle ne se résigne pas et veut toujours croire à une «fin joyeuse». Elle qui voulait embrasser la profession de vétérinaire hésite désormais. «J’aimerais devenir climatologue. Je veux chercher des solutions et les mettre en œuvre.»

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