C'est fou ce que la protection des sites, lutte solitaire il n'y a encore qu'un petit quart de siècle, est devenue populaire. Que des gabarits se mettent à pousser sur une prairie, et voilà une «association de sauvegarde» sortie du néant pour les contester. Au nom de l'intérêt général bien sûr, qui se révèle malheureusement trop souvent le commode paravent d'égoïsmes particuliers. Le dévoiement est regrettable, mais il n'y a probablement rien d'autre à faire pour l'enrayer, si ce n'est scruter attentivement ces si nombreuses «causes» qui en appellent à la mobilisation publique.

A cet examen, ni la démolition envisagée à Rivaz, ni la sauvegarde de la rive brandie à Veytaux ne résistent. Navré, mais abriter des humains plutôt que du grain ne rendra pas un immeuble quadragénaire soudainement moins beau; et même au bord du lac, même à proximité de Chillon, ce ne sont pas trois villas dans la pente, à la frontière séparant Veytaux de Montreux, qui feront de l'ombre au château. Prétendre l'inverse dans le but d'émouvoir les Vaudois, et de les convaincre d'ouvrir ensuite largement leur porte-monnaie, est désagréablement abusif.

Attention! Rivaz a parfaitement le droit de craindre pour sa quiétude, comme les amoureux de Chillon ont celui de préférer une vigne à des villas. Mais qu'ils le fassent à leurs frais, en assumant leur combat pour ce qu'il est, sans essayer de vendre des vessies pour des lanternes. L'écologie, par essence désintéressée, vaut mieux que ces avatars qui se multiplient, et qui dévalorisent des actions réellement nécessaires.

L. B.