La Suisse et l'Italie ont inauguré jeudi le remplacement, sur une cinquantaine de kilomètres, de la ligne transfrontalière à haute tension (220 000 volts), par une ligne à très haute tension (380 000 volts). Si cette réalisation entre Robbia (GR) et la frontière a été menée à bien, c'est surtout parce qu'elle réduira le risque de coupure de courant généralisée en Italie, comme cela avait été le cas en septembre 2003. «Cela faisait 25 ans que le projet existait, mais il a fallu attendre le black-out en Italie pour que les oppositions à sa réalisation soient enfin levées», raconte Karl Heiz, le directeur de Rätia Energie, qui a construit la ligne en Suisse pour 160 millions de francs.

Dans le même état d'esprit, lorsque seront connues les causes exactes de la panne qui a privé de lumière l'Arc lémanique, Energie Ouest Suisse (EOS) devra investir pour éviter qu'un tel incident ne se reproduise. Toutefois, le black-out du mardi 18 janvier pose d'ores et déjà une question: le réseau à haute tension helvétique doit-il être amélioré?

Consultant pour la Confédération dans le cadre de la Loi sur l'approvisionnement électrique, (LApEl), Paolo Rossi, directeur de la Société tessinoise d'électricité (AET), affirme que des investissements devront être faits au cours des prochaines années dans trois domaines. «Avant de construire de nouvelles lignes, il faudrait d'abord augmenter la capacité de celles qui existent.» C'est-à-dire installer du 380 000 volts – au lieu de 220 000 volts – pour approvisionner davantage les zones qui consomment le plus.

Ensuite, selon le Tessinois, «des centres de transformation supplémentaires de courant 380 000 volts en 220 000 et 150 000 volts doivent être créés afin d'assurer une meilleure connexion entre les différents réseaux de haute tension» et assurer ainsi une meilleure alimentation des lignes.

En dernier lieu, «il faudra construire des lignes, pour permettre à une région d'être reliée au réseau par au moins deux entrées.» Pour illustrer ce dernier point Paolo Rossi prend le cas du Tessin, dont l'électricité arrive uniquement par le nord du canton. «Si la seule ligne haute tension du canton était endommagée par un éboulement, nous nous retrouverions des jours sans courant», explique-t-il. Pour éviter cet isolement, AET est d'ailleurs sur le point de construire une ligne électrique qui sera connectée à l'Italie. En Suisse romande aussi, un projet de construction de ligne entre Galmiz (FR) et Yverdon (VD) est prévu pour permettre de connecter la Suisse romande au réseau à 380 000 volts de la Suisse alémanique. Mais il est suspendu depuis des années à des oppositions de riverains et d'associations environnementales qui ne veulent pas voir de gigantesques pylônes soutenir les câbles.

Paolo Rossi confirme que des investissements importants devront être effectués rapidement, «car la consommation augmente chaque année de 1 à 2%». Mais en ce moment, les propriétaires des lignes haute tension sont frileux. Avant de construire, ils attendent de connaître les futures règles de la libéralisation du marché de l'électricité en Suisse. Car avec la fin du monopole, les compagnies propriétaires du réseau à haute tension ne pourront plus exploiter les lignes et amortir directement leurs investissements. Elles seront rémunérées par les sociétés qui transporteront l'électricité selon un tarif que la Confédération doit encore fixer en tenant compte des pratiques européennes. Ces compagnies s'assureront de la rentabilité de leur projet avant de se lancer dans sa réalisation. Mais d'ici là, il faudra que la Loi sur l'approvisionnement en électricité soit adoptée.

Selon l'Office fédéral de l'Energie, (OFEN), cette loi permettra également de mieux contrôler la sécurité sur le réseau. «Avec elle, nous allons mettre en place une structure qui sera l'exploitant unique du réseau suisse, ce qui permettra d'harmoniser le transport d'électricité», indique sa porte-parole, Marianne Zünd.