Impensable, sans doute, il y a encore quelques années: à une même table, le président de l'Union patronale suisse (UPS), Fritz Blaser, la secrétaire générale de Pro Familia et conseillère nationale, Lucrezia Meier-Schatz (PDC/SG) et des responsables de Pro Juventute discourent de «politique familiale». L'UPS produit en effet ces jours un rapport qui contraste avec le discours patronal tenu jusqu'ici.

«Concept libéral»

Prenant acte des évolutions sociales de ces dernières années, l'UPS envisage ainsi un «concept libéral» moderne pour «l'amélioration des conditions d'intégration au monde du travail pour les femmes en situation de maternité et pour les hommes et les femmes ayant des responsabilités parentales». Mais attention, précise Fritz Blaser, il s'agit de démarches exclusivement subsidiaires s'agissant des pouvoirs publics, bien qu'il faille «des ressources supplémentaires» à trouver par des transferts de charges.

D'abord, à l'interne, les entreprises doivent développer de nouveaux arrangements horaires permettant de s'adapter aux familles. Exigeant un droit du travail souple, les patrons réaffirment leur confiance envers les CCT, qui devraient comporter allocations familiales et congés parentaux à titre de «chapitre de négociation». En matière de prise en charge des enfants, l'UPS ne veut pas d'ouverture massive de crèches publiques, mais juge que «les entreprises devraient soutenir des institutions pour enfants en âge préscolaire». C'est-à-dire des crèches d'entreprise ou, quand même, des crèches «régionales» publiques ou mixtes. La centrale en appelle aussi aux écoles pour développer les déjeuners en classe ou l'école de jour, à l'exemple du Tessin. Aux plus âgés, les patrons souhaitent voir proposer davantage de centres de jeunesse afin de limiter le phénomène des «bandes de jeunes» lié, selon eux, au fait que 45% des enfants sont aujourd'hui sans prise en charge après l'école.

En matière fiscale, la Confédération devrait se montrer plus généreuse avec les familles. Cette demande est incontestée sur l'ensemble du spectre politique, mais l'organisation soutient une solution généreuse: le «splitting familial», système dans lequel les couples, mariés ou non, peuvent diviser par deux leurs revenus pour le calcul du montant imposable et bénéficier d'une réduction s'ils ont des enfants. Le Conseil fédéral s'est, lui, prononcé pour le «splitting partiel sans droit d'option», où le revenu déterminant des couples mariés est supérieur à la moitié des deux salaires. Dans le domaine social, l'organisation patronale approuve l'idée d'une réduction des primes d'assurance maladie pour enfants et va jusqu'à proposer l'instauration «d'allocations réglementées pour parents dans le besoin», que les cantons verseraient aux parents ayant des enfants en bas âge et dont le revenu ne dépasserait pas un certain seuil. Là encore, le Tessin sert d'exemple. «Contrairement aux cas d'assistance, il s'agit d'allocations de nécessité répondant à des normes précises», plaide l'UPS. Intransigeance, en revanche, s'agissant des jeunes mères: la centrale ne veut pas d'assurance maternité. Elle ne demande qu'à «combler la lacune» du Code des obligations en instaurant un salaire durant les huit semaines suivant l'accouchement, durant lesquelles l'employeur n'a pas le droit de faire travailler une mère. Cette mesure est au sommaire d'une motion de la conseillère aux Etats, Vreni Spoerry (rad./ZH).

«Allié de taille»

L'UPS constitue un «allié de taille», se réjouit Lucrezia Meier-Schatz qui ne cache pas les divergences – de taille, aussi – qui demeurent entre les souhaits de Pro Familia et les avancées des patrons. La première réclame notamment des allocations familiales fédérales et une assurance maternité à 14 semaines pour toutes les femmes. Vice-président de l'UPS, le Vaudois Hubert Barde ajoute une dimension communautaire à cette réflexion: «Entre les largesses sociales désirées par les Romands et le souci des Alémaniques pour les finances publiques, nous faisons un pas l'un vers l'autre.»

L'Union patronale rassemblera ses propositions dans un «guide de l'employeur» adressé à ses membres, qui gagneront à le lire, selon Fritz Blaser: «Nous sortons de plusieurs années de récession durant lesquelles ces questions ne formaient pas un thème déterminant», explique-t-il. A présent, «sur un marché du travail asséché, l'économie a tout intérêt à maîtriser la croissance escomptée grâce à la main-d'œuvre disponible dans le pays». Autrement dit: convaincre les femmes afin d'accroître les forces disponibles, et pour y parvenir, rendre les entreprises plus accommodantes.