Transition énergétique

L’économie se déchire autour de l’énergie

Deux comités, l’un pour, l’autre contre la Stratégie énergétique 2050, s’affrontent. Ils ne défendent pas les mêmes intérêts. Explications

La Stratégie énergétique 2050 (SE 2050) est-elle profitable ou néfaste à l’économie suisse? Les réponses divergent au point que deux comités économiques concurrents se sont constitués. L’un soutient la transition énergétique, l’autre la combat. Et l’examen des membres et soutiens de chacun suscite une certaine perplexité, tant le message paraît confus.

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Le lobby de l’économie opposé à la réforme énergétique est composé de quelques grandes associations faîtières comme Swissmem (machines), Scienceindustries (chimie et pharma), Swiss Plastics, Swissoil, Swiss Mechanic. Mais des membres éminents de ces organisations sont dans l’autre camp. Ainsi, ABB et Landis + Gyr, affiliés à Swissmem et actifs dans le secteur de l’énergie, s’engagent pour le oui, tout comme des dirigeants de groupes partenaires de Scienceindustries.

Le milieu de la construction également divisé

La fracture s’étend au milieu de la construction: la Société suisse des entrepreneurs (SSE) fait partie du comité référendaire alors que Constructionsuisse et la quasi-totalité des entreprises et associations actives dans le bâtiment sont favorables à la SE 2050. La Fédération romande immobilière (FRI) s’est rangée dans le camp du oui, l’Association suisse des propriétaires alémaniques (HEV) s’abstient mais plusieurs sections alémaniques font partie du comité référendaire.

Plus curieux, Gastrosuisse milite activement contre ce projet alors qu’Hôtelleriesuisse mise sur ses avantages à long terme. L’Union suisse des arts et métiers (USAM) recommande le oui, mais plusieurs associations affiliées font partie des adversaires, comme l’Association suisse des patrons boulangers-confiseurs (BCS). Et le mutisme d’economiesuisse, qui laisse la liberté de vote, ne clarifie pas la discussion.

L’inquiétude des PME

Comment expliquer ces divergences? Membre du comité directeur de Constructionsuisse, Hans Rupli propose une réponse simple: «Cela dépend d’une chose: privilégie-t-on les coûts ou les investissements?» En effet, les représentants de l’économie opposés à la SE 2050 mettent en avant les risques de renchérissement des coûts de l’énergie. Délégué romand de Swissmem, Philippe Cordonier confirme: «Les coûts et la sécurité de l’approvisionnement préoccupent les PME, qui sont majoritaires chez Swissmem et sont déjà en mode survie à cause du franc fort. Or, les solutions proposées sont plus chères que ce qu’on a aujourd’hui.» A l’image de la patronne d’Ems-Chemie, Magdalena Martullo-Blocher, (UDC/GR), le comité du non redoute en outre les effets concrets des économies d’énergie visées par la nouvelle législation.

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Président de Gastrosuisse, Casimir Platzer a aussi insisté durant la campagne sur les coûts du projet, selon lui «hostiles aux PME et au commerce». Il craint que de nouvelles taxes ne viennent encore surcharger la barque. Hotelleriesuisse admet que la réforme occasionnera une «charge financière supplémentaire à court terme». Le supplément prélevé sur le prix de l’électricité pour financer les énergies renouvelables passera de 1,5 ct./kWh à 2,3 ct./kWh. Mais cette redevance est limitée dans le temps et le rejet de la réforme ne changerait rien pour ses membres, considère la faîtière des hôteliers. Elle rappelle encore que les déductions fiscales, par exemple en cas de remplacement d’un bâtiment ancien par une construction plus économe en énergie, seront étendues.

Pourquoi ABB dit oui

A ceux qui craignent des coûts supplémentaires s’opposent ceux qui voient dans la nouvelle stratégie des possibilités d’investissement. Cela explique pourquoi toutes les associations et PME actives dans le domaine de l’assainissement énergétique ou du développement des ressources renouvelables s’engagent activement pour la réforme. Les paysans en font partie, qui espèrent que la production de courant et de chaleur par des panneaux solaires fera plus que compenser le surcoût occasionné par la hausse de 0,8 ct./kWh du prix de l’électricité.

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Cité par le comité du oui, Remo Lütolf, patron d’ABB Suisse, argumente que les «innovations» du groupe peuvent contribuer au succès de la SE 2050. Par ailleurs, il faut rappeler que les entreprises grosses consommatrices tirent un autre bénéfice de la nouvelle loi. Déjà aujourd’hui, elles sont une centaine à bénéficier du remboursement de la taxe sur l’électricité. Or, les conditions donnant droit à cette ristourne seront assouplies.

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