Economie verte

L'économie suisse promet de verdir malgré le rejet de l'initiative

Le peuple rejette à 64 % l’initiative pour une économie durable. Les Verts espéraient mieux. Mais plusieurs exemples, comme celui des sacs plastiques, montrent que les entreprises se responsabilisent 

Il n’y a pas eu de suspense concernant l’initiative sur l’économie verte. Peu après midi en ce dimanche 25 septembre, tous les indicateurs se sont très vite affichés au rouge. Au centre culturel Progr à Berne où ils s’étaient réunis, les initiants ont dû concéder une défaite plus sévère que prévu : «Non» à 64 %, alors que le dernier sondage de l’institut gfs.bern donnait encore une légère majorité à l’initiative à dix jours du scrutin.

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«D’ici à 2050, la Suisse doit réduire sa consommation des ressources de manière à ce que celle-ci ne dépasse pas un équivalent planète, cela alors que celle-ci dépasse trois planètes aujourd’hui», stipulait le texte. Une partie de l’échec de l’initiative réside dans cette formulation que tout citoyen lambda n’a pas vraiment compris.

Des concepts trop techniques?

«Le peuple n’a pas voté contre l’environnement. Mais il a eu de la peine à saisir des concepts trop techniques, comme ceux d’équivalent-planète et d’empreinte écologique», relève le conseiller national Dominique de Buman (PDC/FR). A l’heure du franc fort, il n’a pas voulu pénaliser son économie par de nouvelles prescriptions et autres taxes incitatives.

 Une fois les résultats connus, les associations économiques faîtières ont fait part de leur soulagement.  Elles avaient misé sur des images fortes lors de leur campagne : «Avec l’initiative, il faudra manger végétarien, se doucher froid et passer ses vacances à la maison». En tout cas, le message est passé.

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«Non, nous n’avons pas exagéré dans notre campagne. L’adoption de l’initiative aurait eu des conséquences lourdes, autant sur nos habitudes de vie que sur les coûts pour nos entreprises», déclare le président d’economiesuisse Heinz Karrer. Pour lui, le pragmatisme l’a emporté. «L’économie suisse est déjà verte et le restera. Ce n’est pas pour rien que la Suisse figure dans le peloton de tête de tous les rankings internationaux sur le plan de l’économie durable.»

Concertation, pas confrontation

Ce rejet de l’initiative, aussi cinglant fût-il pour les Verts, n’est pourtant pas dramatique. L’économie prend effectivement le virage de la durabilité. Ainsi, dans le domaine de l’efficience énergétique, 3600 entreprises – dont presque toutes les plus grandes – ont déjà signé une convention d’objectif, dans laquelle elles s’engagent à réaliser des économies si celles-ci sont rentables dans les dix ans. «L’économie durable passera par la concertation entre les différents acteurs, et non par la confrontation», estime Martin Kernen, responsable romand de l’ Agence de l’énergie pour l’économie.

En témoigne aussi l’accord de branche, rendu public la semaine dernière, concernant l’usage des petits sacs en plastique à usage unique distribués jusqu’ici gratuitement aux caisses des supermarchés. En 2010, Dominique de Buman a lancé une motion pour les supprimer, au risque de se faire passer pour un «extrémiste» dans les médias. Mais la ministre de l’environnement Doris Leuthard convoque une table ronde réunissant tous les acteurs du dossier et finit par déboucher sur cet accord.

Continuer le combat... dans les cantons

Les distributeurs s’y engagent à faire payer ces sacs, ce qui devrait aboutir à une baisse de 80 % de leur nombre d’ici à 2025. Migros-Vaud, qui a testé cette mesure, a économisé 100’000 francs en un an. «C’est dans ce sens d’accords de branche que nous devons travailler à l’avenir», souligne Martin Schläpfer, responsable de la politique économique de la coopérative Migros. Reste à savoir si cet accord aurait vu le jour sans la pression politique qu’a constitué la motion de Dominique de Buman, ce dont l’intéressé doute beaucoup.

Dimanche, les Verts étaient évidemment déçus du résultat de leur initiative. En cas de victoire, ils rêvaient de ressortir le contre-projet que Doris Leuthard avait appelé de ses vœux sous forme d’une révision de la loi sur la protection de l’environnement. Prévoyant des conventions d’objectifs pour les branches économiques grosses consommatrices de ressources, il avait été approuvé par le Conseil des Etats avant d’être balayé par le Conseil national.

Même si cet espoir s’est envolé dimanche, les Verts ne se résignent pas: «Ce n’est pas la fin du débat sur l’économie verte, mais son début », a souligné leur présidente Regula Rytz. « Nous allons continuer le combat dans les cantons où l’initiative a fait d’excellents scores », ajouté la Vaudoise Adèle Thorens. A Genève, seul canton suisse à approuver l’initiative, mais aussi dans plusieurs cantons romands, les auspices s’annoncent donc favorables.


 

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