Feu sur l'Etat. Rarement les âmes libérales auront eu, en Valais, la gâchette aussi facile: après, lundi dernier, le ministre des Finances, Wilhelm Schnyder, promettant par décret et sous la pression du Grand Conseil d'alléger sérieusement les bordereaux des familles et des PME; après, il y a deux jours, les provocantes propositions de la commission dite Luyet, – réduction drastique des services administratifs et des subventions –, c'était hier au tour de la Chambre valaisanne de commerce et d'industrie d'annoncer sa volonté de tailler fort dans le scalp étatique.

A travers une initiative fiscale intitulée «Oui à des impôts équitables» et qui propose, par des allégements de l'impôt sur le capital, le bénéfice mais aussi le revenu, de soulager les entreprises d'environ 70 millions de taxes. Au motif que, dans un environnement de concurrence aussi bien internationale que régionale, la fiscalité valaisanne pénaliserait l'implantation de nouvelles entreprises et surtout le maintien des entreprises actuelles.

Le directeur de la Chambre, Thomas Gsponer, rappelle que «les recettes de l'Etat n'ont fait qu'augmenter dans un contexte de très faible croissance économique», et que les mesures dites du «paquet Schnyder» concernent «surtout les familles et peu l'économie». Le président de la même Chambre, le radical Jacques-Roland Coudray, assène alors des chiffres impitoyables: «Sur les 38 millions d'allégements, seuls 2,6 millions concernent directement l'économie, alors que les entreprises contribuent pour 30% aux recettes fiscales.»

C'est un autre radical, le vice-président du gouvernement, Claude Roch, qui était chargé de réceptionner les 4500 signatures de l'initiative. Le chef du Département de l'éducation a plaidé, au contraire, pour un «Etat certes sobre mais fort, avec des missions essentielles à remplir, comme l'éducation et la formation, et les infrastructures qui vont avec». Si Thomas Gsponer et Jacques-Roland Coudray se sont réjouis de toutes ces récentes «pressions» sommant l'Etat du Valais d'entreprendre une cure d'amaigrissement, Claude Roch, lui, a préféré y voir «des débats devant déboucher sur un compromis».

Reste que, à l'orée des élections cantonales et tandis que radicaux et PDC rivalisent de libéralisme, UDC et socialistes, en embuscade, rêvent, en feignant de mépriser ces impopulaires calculs d'épicier, de rafler la mise. Même l'ultra-libéral Thomas Gsponer l'a reconnu, dans un soupir accablé: «La population valaisanne dans son ensemble demeure très attachée à un Etat fort.»