La plupart des tests de dépistage individuels sont payants depuis lundi. Cette décision du Conseil fédéral s’inscrit dans sa volonté de persuader le plus grand nombre de citoyennes et de citoyens de se faire vacciner afin d’éradiquer le Covid-19. Elle est cependant motivée par un second argument: les finances.

Depuis le début de la pandémie, la Confédération a dépensé des milliards pour combattre le virus et venir en aide à celles et ceux qui n’ont plus pu exercer leur activité professionnelle à cause des restrictions sanitaires. Selon l’Administration fédérale des finances (AFF), la Confédération a dépensé 15 milliards de francs en 2020 et prévu d’engager jusqu’à 24 milliards en 2021 et 2,7 en 2022. Il n’est pas sûr que ces derniers montants soient tous déboursés.

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Cette situation éclaire d’une lumière nouvelle l’instrument du frein à l’endettement. Accepté par le peuple en 2001, en vigueur depuis 2003, ce mécanisme a bien fonctionné jusqu’à maintenant. Il a permis de réduire la dette de la Confédération de près de 30 milliards de francs. Il a donc bien fonctionné en période de beau temps. La pandémie le met aujourd’hui à l’épreuve lorsque la météo est mauvaise, lorsqu’un orage sanitaire gronde.

Un seul choix: la souplesse

On découvre alors que le système a été conçu de manière trop rigide. Il exige que la dette découlant d’années difficiles soit résorbée dans un délai de six ans. Si l’on voulait appliquer cette règle de façon stricte, il faudrait alléger le budget fédéral d’environ 4 milliards par an. C’est le chiffre articulé par la directrice de l’Administration fédérale des finances, Sabine D’Amelio-Favez, dans ces colonnes.

Il n’y a donc guère d’autre choix que d’opter pour la souplesse. Le Conseil fédéral l’a compris. Il propose d’explorer deux pistes: l’une rallonge le délai d’amortissement jusqu’en 2035, l’autre suggère d’affecter une partie des excédents précédents ainsi que les bénéfices supplémentaires versés par la BNS à la résorption de la dette.

Même les plus purs apôtres de l’orthodoxie budgétaire se sont fait une raison: un tel allégement légal est inévitable. C’est là que resurgissent les tests de dépistage. Le Conseil fédéral a bouclé le budget 2022 à fin août, mais a demandé quelques semaines plus tard un supplément de 1,5 milliard pour continuer de financer les tests Covid-19 de nécessité (écoles, entreprises, EMS, personnes symptomatiques) en 2022. Cette requête est préventive. Rien ne dit que la somme de 1,5 milliard sera dépensée. Elle est cependant l’expression d’un constat implacable: en situation de crise, les besoins de la population doivent toujours primer sur la rigueur budgétaire.