Après avoir été sous-estimé pendant les premiers jours, le conflit social à l’aéroport de Genève a tourné à l’affaire d’Etat. La paix aura finalement été signée dans le bureau de François Longchamp, auquel la responsabilité prestigieuse de l’aéroport aura valu d’aller au feu pour l’une des premières fois. Au final, vu les positions de départ, les gains obtenus par les grévistes semblent modestes. Ils n’avaient pas la force ni le soutien permettant d’aller au-delà. Mais ils peuvent en tout cas se féliciter d’avoir fait entendre leur voix et forcé l’Etat à s’en mêler.

Plusieurs leçons peuvent être tirées de ce conflit, pour l’Etat notamment. Dans un contexte de difficultés économiques et d’inégalités salariales, le risque d’étincelle est présent. Les grévistes n’ont pas paralysé l’aéroport mais mis en évidence des conditions de travail qui rendent la colère compréhensible. L’Etat a vaincu ses hésitations et fini par s’en mêler. Il n’y avait pas d’autre solution pour rétablir le dialogue entre le personnel de l’une des infrastructures majeures de Suisse romande et leur employeur, qui est aujourd’hui une société «anonyme» aux mains d’une société de capital-investissement.

L’épisode de la grève des bagagistes devrait servir d’avertissement à l’Etat quant à l’importance de son rôle de vigilance dans le domaine social. Reste la double casquette de François Longchamp, à la fois ministre de tutelle et président de l’aéroport. Elle a rendu le magistrat juge et partie, ce qui a pu freiner son intervention et contribuer dans un premier temps au durcissement du conflit. Cet anachronisme ne devrait plus être.