«Nous devons désormais prendre en compte le cas du tremblement de terre qui ne se produit qu’une fois tous les 10 000 ans.» C’est en ces termes que Georg Schwarz, numéro deux de l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), résume le rapport final sur les conséquences pour la Suisse de la catastrophe de Fukushima.

«L’accident de Fukushima ne se serait pas produit en Suisse et il n’a aucun lien avec les risques résiduels que nous devons prendre en compte chez nous. Mais il a accru la sensibilité des autorités et de la population à l’égard de ces risques résiduels, ne serait-ce que parce qu’un tsunami de cette ampleur, selon les statistiques, ne se produit que tous les deux ou trois siècles», ajoute pour sa part Hans Wanner, directeur de l’IFSN.

L’autorité de surveillance des centrales nucléaires a présenté son rapport final lundi en son siège de Brugg (AG). Ce document énumère 37 points qu’il sera nécessaire d’approfondir ou d’améliorer pour garantir la sécurité des cinq usines nucléaires du pays. Un tiers de ces recommandations ont déjà débouché sur des mesures concrètes, d’autres doivent encore être examinées d’ici à 2015.

«Nous parlons bien de besoin d’améliorations. Mais notre rapport, il faut le souligner, ne constate aucune lacune grave de sécurité», insiste Hans Wanner, qui affirme que, en l’état actuel, les «centrales nucléaires suisses sont sûres». Parce que les exigences ont beaucoup évolué ces dernières années, «celles de Mühleberg et de Beznau, qui sont les deux plus anciennes, sont plus sûres aujourd’hui qu’au moment de leur construction il y a quarante ans», se hasarde-t-il.

Une affirmation qui fait bondir les milieux antinucléaires, qui ont vainement réclamé la fermeture définitive du site de Mühleberg. Des milieux antinucléaires qui jugent que l’IFSN est à la solde des exploitants et de l’économie.

Hans Wanner réfute cette critique. «Les antinucléaires attendent de nous que nous fassions fermer les centrales le plus vite possible alors que l’économie attend de nous que nous garantissions la sécurité de l’approvisionnement énergétique. Ces attentes sont fausses, car nous ne faisons pas de politique. Nous jouons le rôle de l’arbitre qui dit jusqu’à quand les centrales pourront être exploitées. Nous nous basons pour cela sur deux critères principaux: le vieillissement des installations et leur capacité à résister aux événements extérieurs tels que des catastrophes naturelles», commente-t-il en précisant que «la sortie planifiée du nucléaire est une décision politique à propos de laquelle nous n’avons rien à dire. Nous en prenons acte.»

Le rôle de l’IFSN consiste cependant à s’assurer que les exploitants prennent conscience du fait que Fukushima a modifié la perception que les autorités politiques et l’opinion publique ont de la probabilité des accidents. Que demande aujourd’hui l’IFSN? Ses recommandations concernent plusieurs aspects.

Dans le domaine de l’agencement des centrales, le risque de tremblement de terre, d’inondation et de très fortes intempéries doit être revu à la hausse. Les exploitants ont déjà dû prendre des mesures contre les crues particulièrement importantes. Ils doivent encore apporter la preuve, d’ici au printemps prochain, que leurs installations sont capables de résister à un séisme qui entraînerait la rupture d’un barrage comme celui de Wohlen, situé en amont de Mühleberg. Il s’agit aussi de vérifier que les sites de production sont armés pour faire face à des interruptions prolongées de courant électrique. L’aménagement de locaux de secours, y compris pour l’IFSN elle-même, doit faire l’objet d’analyses complémentaires.

D’autres recommandations concernent l’état de préparation aux situations d’urgence en cas de panne des systèmes de refroidissement, de l’alimentation électrique, des compétences, des procédures de communication, qui doivent être «redondantes et diversifiées».

Les autres mesures concernent les échanges d’informations dans le pays et avec l’étranger, la surveillance, la protection contre les radiations. Certaines recommandations sont adressées au groupe de travail interdépartemental mis sur pied par le Conseil fédéral dans le but d’examiner le dispositif de protection contre les catastrophes majeures. Cet organe devrait présenter ses propres conclusions avant la fin de l’année. Celles-ci complètent les recommandations de l’IFSN.

Pour l’autorité de surveillance, le but est «délivrer un message clair. Nous agissons et avons la certitude que nos centrales ont un degré de sécurité élevé», décrète Hans Wanner. Cela dit, le processus est évolutif. Ainsi, l’évaluation des risques sismiques se poursuit. De nouvelles données doivent être fournies l’an prochain. «Elles pourront déboucher sur de nouvelles exigences techniques ou des décisions de fermeture afin que certaines centrales améliorent leur protection», indique Georg Schwarz. Qui insiste sur un point important: «Nous ne voulons surtout pas courir le risque qu’un exploitant cesse d’investir parce que sa centrale sera fermée. Nous voulons que les centrales soient sûres jusqu’au dernier jour de leur utilisation.»