Ce sont plusieurs centaines de lecteurs de «L'Hebdo», probablement entre 400 et 500, qui sont venus samedi dire adieu au magazine, dont l'ultime numéro paraîtra vendredi 3 février. Le brunch organisé par la rédaction a connu un franc succès et permis à plusieurs générations de fidèles du titre de visiter la newsroom qu'il partage à Lausanne, depuis mai 2015, avec la rédaction du «Temps».

L'éditeur Ringier Axel Springer annonçait lundi dernier la suppression du magazine d'actualité après plus de 35 ans d'existence, suscitant une grande vague d'émotion et de soutien. «L'Hebdo» est une voix importante pour le débat démocratique, son rythme de parution permet des articles fouillés à même de mieux nous permettre de comprendre la Suisse et le monde, son regard et son ton parfois décalés sont précieux dans la paysage médiatique romand, tels sont les refrains entonnés par beaucoup de lecteurs, dont les témoignages ont été recueillis par plusieurs journalistes de la newsroom et seront publiés dans l'ultime numéro.

«Une grande perte»

Affichés au cœur de la salle de rédaction, les projets de couverture ont suscités de nombreux commentaires. Les lecteurs ont réagi plutôt négativement à celles qui étaient entièrement noires, rappel à leurs yeux de la tragédie de «Charlie Hebdo». Le titre «Nous nous sommes tant aimés» semblait avoir la cote. «C'est une grande perte pour la Suisse romande», explique Alain, 73 ans, fidèle depuis de «L'Hebdo» depuis sa création le 11 septembre 1981. Le Lausannois déplore «le vide» que signifie la disparition du journal. Tiphaine, 26 ans et abonnée depuis peu, regrette quant à elle «un format vraiment d'actualité», avec un rythme idéal pour s'informer en profondeur.

Pour les journalistes présents, l'émotion était forte face à ces témoignages passionnés et les nombreuses questions suscitées par la course à la rentabilité des grands groupes de presse. Fondateur du titre, Jacques Pilet s'est dit touché par cette foule et ces messages de sympathie et d'attachement envers une aventure de 35 ans. «Je reste absolument convaincu qu'un lieu apparaîtra en Suisse romande pour les débats», a-t-il déclaré sans donner davantage de précisions. Diverses discussions sont en cours, a relevé de son côté Alain Jeannet, rédacteur en chef de «L'Hebdo». Les projets ne se feront toutefois pas sous cette bannière, a-t-il précisé.