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Markus Hungerbühler, candidat PDC à l’exécutif de la Ville de Zurich: «Notre parti est pour la famille, mais il y a différents types de familles.» 
© René Ruis

Famille

«L’égalité des droits n’est pas l’apanage de la gauche»

Markus Hungerbühler est homosexuel, père d’un bébé issu d’une mère porteuse et candidat PDC à l’exécutif de la Ville de Zurich

Markus Hungerbühler, président du PDC zurichois, est passé du statut d’élu local à celui de phénomène politique commenté dans tous les médias suisses. Candidat à l’exécutif de la Ville de Zurich aux élections municipales de mars 2018, il vit en partenariat enregistré et il est devenu père d’une petite fille, née d’une mère porteuse aux Etats-Unis. Comment sa vie privée est-elle conciliable avec les valeurs d’un parti qui entend défendre la famille traditionnelle? Il nous a reçus chez lui à Zurich pour en parler.

Le Temps: Vous avez eu recours à une mère porteuse, bien que ce soit interdit en Suisse. Comment avez-vous procédé?

Markus Hungerbühler: Mon compagnon et moi-même avons décidé de nous rendre aux Etats-Unis, un pays stable, où la situation juridique est claire en matière de gestation pour autrui (GPA). Nous avons rendu visite à la mère porteuse durant tout le processus et sommes devenus proches, avec le temps. C’est important de le préciser: elle l’a fait de son propre chef.

- Contourner l’interdiction suisse, n’est-ce pas problématique pour un politicien, candidat à une fonction exécutive?

- Non, je ne crois pas. Nous n’avons pas violé de loi en Suisse. Nous ne serons pas poursuivis pour avoir eu recours à une mère porteuse à l’étranger.

- La situation est plutôt hypocrite…

- Oui, c’est certain, mais c’est le cas pour beaucoup de choses!

- Souhaitez-vous vous battre pour faire changer les choses?

- Se battre est un grand mot. Bien entendu, je suis favorable à une légalisation de la GPA. Mais je suis aussi conscient qu’en Suisse, tout changement prend du temps. Pas comme en France ou en Allemagne, où les réformes sont plus faciles à réaliser, mais aussi très vite remises en question. Les révolutions prennent du temps dans notre pays, mais quand elles arrivent, c’est du solide.

- Aviez-vous l’intention de déclencher un débat sur les valeurs en dévoilant votre situation personnelle?

- Non. J’ai parlé de ma situation personnelle à mes collègues au moment de présenter ma candidature pour les élections municipales, dans un souci de transparence. Il n’y a pas eu de discussion et j’ai été choisi avec 60% de oui contre 40% de non. Un membre du parti, apparemment mécontent, a parlé à 20 minutes et voilà comment c’est devenu un thème médiatique. Je m’y attendais, mais je ne comptais pas en faire une si grosse histoire.

- Votre situation place-t-elle votre parti en posture délicate?

- Je ne crois pas, je dirais plutôt qu’une ou deux personnes dans mon parti n’ont pas apprécié. Les réactions que j’ai reçues sont toutes positives, à 99,9%. J’ai même reçu des félicitations d’un PDC valaisan.

- Le PDC s’engage pourtant pour la famille traditionnelle!

- Notre parti est pour la famille, mais il y a différents types de familles. Mères ou pères célibataires, familles recomposées, couples gays, pour moi elles ont toutes leur place dans notre parti.

- Vous êtes en effet président du groupe LGBTI du PDC Suisse…
- Oui, et dans ce cadre nous avons combattu en 2016 l’initiative du PDC pour l’égalité fiscale du mariage. Elle définissait le mariage comme l’union entre une femme et un homme, ce qui est trop restrictif.

- Etait-ce une erreur de votre parti d’avoir lancé cette initiative?

- Je suis toujours en sympathie avec mon parti, mais on a bien constaté que nous aurions pu gagner cette votation, si nous n’avions pas maintenu cette définition étroite du mariage. Je suis optimiste, car je constate une évolution des mentalités. Au PDC, plus personne ne conteste aujourd’hui le partenariat enregistré.

- Pourquoi avoir choisi ce parti?

- J’avais 20 ans à l’époque, en 1994. Mon père déjà en était membre et j’estimais important de choisir une formation capable de nouer des compromis. Aujourd’hui, je m’y sens bien. On ne peut pas être d’accord sur tous les thèmes, mais c’est ainsi dans tous les groupes politiques. On peut être à la fois conservateur et incarner de nouvelles formes de famille. Et l’égalité n’est pas l’apanage de la gauche.

- Utilisez-vous votre image de jeune père homosexuel pour séduire les Zurichois, plutôt à gauche?

- Non, je n’utilise pas mon enfant pour ma stratégie politique. Comme je vous le disais, l’intérêt médiatique n’était pas planifié. Et je n’ai pas l’intention de parler de ma vie privée jusqu’au dernier jour de la campagne. Il y a d’autres thèmes politiques plus importants, comme le squat scandaleux de Kochareal (ndlr: bâtiment en mains publiques occupé par 100 à 150 résidents qui y organisent aussi des fêtes), ou le trafic routier en ville.

- Vous êtes beaucoup plus connu maintenant. Est-ce un atout?

- C’est difficile à prédire, mais je ne crois pas que cela me causera du tort.

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