Syndicats

L’égalité salariale dissociée de l’âge de la retraite

L’Union syndicale suisse milite pour l’égalité des salaires mais ne veut plus entendre parler de la retraite à 65 ans pour tous. Elle s’inquiète de l’accélération de la baisse des rentes du deuxième pilier

L’Union syndicale suisse (USS) met la priorité sur l’égalité salariale en 2018, mais cela n’inclut pas l’égalité de l’âge de la retraite entre les hommes et les femmes. Pas question de revenir sur les 65 ans pour tous après l’échec de la Prévoyance vieillesse 2020 (PV 2020) en septembre dernier, martèle son président, le conseiller aux Etats Paul Rechsteiner (PS/SG) à l’occasion de la conférence de presse annuelle de la faîtière syndicale. C’est pourtant l’un des points principaux du nouveau projet présenté par Alain Berset juste avant Noël.

Lire: Les deux piliers reprennent des routes séparées

L’USS avait formellement soutenu la réforme des retraites, car la prolongation d’un an de la vie active des femmes était compensée par un relèvement de 70 francs des rentes AVS, une vieille revendication syndicale. Au sein du mouvement, un vent de protestation s’était toutefois levé contre ce compromis. Il avait été agité par des organisations féminines et des franges syndicales romandes, pour qui la retraite des femmes à 65 ans était un tabou absolu.

Cette scission avait d’ailleurs contribué à faire échouer la PV 2020 le 24 septembre. L’analyse du scrutin avait montré que c’est l’addition des motifs d’opposition qui avait débouché sur le rejet de la PV 2020 par 52,7% de l’électorat. Selon l’enquête VOTO, la retraite des femmes à 65 ans a d’ailleurs pesé moins lourd dans cette décision négative que l’ajout de 70 francs aux rentes mensuelles, combattu par la droite.

Déjà en 1918

Après le vote, l’USS avait lavé son linge sale en famille. Lors d’une assemblée particulièrement agitée, le 3 novembre, les différents courants se sont expliqués de manière franche et la faîtière a défini sa stratégie post-scrutin. Le maintien de la retraite des femmes à 64 ans est l’un des piliers de cette stratégie, ce qui n’empêche pas l’USS de militer cette année pour l’égalité salariale.

Selon Regula Bühlmann, secrétaire centrale, ce ne sont pas «les 20% que les femmes gagnent de moins que les hommes parce qu’elles exercent des professions moins bien rémunérées et accomplissent davantage de travail non rémunéré» qui sont visés. «Nous parlons plutôt des 7% que les femmes gagnent aujourd’hui de moins que les hommes sans que cela puisse s’expliquer par le profil de leur emploi ou leur bagage personnel», reprend-elle.

L’USS va profiter du 100e anniversaire de la grève générale de novembre 1918 pour tenter de faire passer le message, car cet événement tragique – trois grévistes furent tués à Granges – comptait déjà l’égalité des droits sur la liste de ses revendications. Elle attend du parlement qu’il adopte la loi sur l’égalité, à l’agenda du Conseil des Etats ce printemps. Contesté par les organisations patronales, le projet du Conseil fédéral veut obliger les entreprises de plus de 50 personnes à faire vérifier cycliquement l’égalité salariale par des tiers. Pour l’USS, cette «invitation amicale à contrôler les salaires tous les quatre ans» est un minimum.

Pouvoir d’achat affaibli

Et l’avenir des retraites? Sur ce plan, l’USS continue de militer pour un renforcement de l’AVS mais s’inquiète de l’accélération de la diminution des rentes du deuxième pilier, qui affecte davantage les hommes que les femmes, dont les salaires assurés ont augmenté ces dernières années. C’est l’un des effets du vote du 24 septembre 2017, mais aussi une conséquence du rejet de la baisse du taux de conversion en 2010.

Les institutions de prévoyance se trouvant dans l’impossibilité d’abaisser la rémunération de la part obligatoire du deuxième pilier, elles ont agi sur la part surobligatoire. Selon Daniel Lampart, chef économiste et premier secrétaire de l’USS, les taux de conversion des caisses de pension ont diminué depuis l’an 2000 de 7% à 5,5%, certaines d’entre elles proposant désormais moins de 5% pour la part surobligatoire. «C’est le nouveau défi que nous devrons relever. Cela montre que les conséquences du rejet de la PV 2020 sont plus compliquées que ce que certains pensaient», décrète Paul Rechsteiner.

De nombreuses caisses de pension ont néanmoins freiné la diminution des rentes en relevant les cotisations salariales. «Mais cela a un prix en termes de pouvoir d’achat», avertit Daniel Lampart, qui voit dans cette évolution la confirmation que la crise financière a fragilisé le mécanisme de capitalisation de la prévoyance professionnelle. C’est une préoccupation importante dans la mesure où le nouveau projet de réforme présenté par Alain Berset accorde la priorité à l’AVS plutôt qu’au deuxième pilier. Pour ce dernier, le ministre de l’Intérieur propose de commencer par réunir les partenaires sociaux pour définir un calendrier et le contenu d’une prochaine révision.

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