L’Eglise enquête sur les enfants placés

Fribourg Deux experts se pencheront sur des abus commis à l’Institut Marini

Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a mandaté deux experts pour faire la lumière sur des abus sexuels et maltraitances commis à l’Institut Marini entre 1930 et 1950. Cet orphelinat et pensionnat catholique, situé à Montet, dans la Broye fribourgeoise, a longtemps été dirigé par des prêtres du diocèse. Il a fermé ses portes en 1979.

Le Temps avait publié le témoignage poignant du «petit Claudy» (LT du 21.04.2012), dans lequel ce lieu était évoqué. Après avoir connu plusieurs placements dans des fermes et institutions, le jeune garçon, né en 1942, a atterri à l’Institut Marini. Il explique que le surveillant du dortoir venait le chercher pour le prendre dans son lit. Et que ce même surveillant l’amenait parfois chez le directeur, un abbé. Après une fugue, le petit Claudy est puni: «Ils m’ont mis dans une salle de bains pendant dix jours. Le surveillant est venu m’y violer», raconte-t-il. Le surveillant a été dénoncé à l’époque des faits. Pas les ecclésiastiques.

Appel à témoin

Cet automne, Mgr Morerod a pu rencontrer ce même témoin. Les recommandations de la Table ronde pour les victimes de mesures de coercition à des fins d’assistance, parmi lesquelles figure l’ouverture des archives, ont également incité l’évêché à réagir. «Dans nos archives, nous n’avons pas retrouvé de dossiers pour chaque élève. Par contre, des récits de pensionnaires prouveraient la véracité de ce témoignage», explique Laure-Christine Grandjean, porte-parole de l’évêché. Les principaux responsables de l’Institut Marini sont aujourd’hui décédés. Mais Mgr Morerod invite les victimes ou toutes personnes désirant évoquer leur expérience dans cette institution à le contacter. Et l’évêché n’exclut pas d’aider les personnes concernées. Contrairement à de nombreux instituts ou orphelinats catholiques de l’époque, qui étaient gérés par des congrégations religieuses n’ayant pas de lien avec le diocèse, l’Institut Marini était dirigé par des prêtres diocésains et dépendait directement de l’évêque.

L’Institut Marini a été fondé en 1881. Auparavant dans la région, les enfants qui devaient être assistés étaient placés dans des familles. Ironie de l’histoire, c’est pour éviter les abus qui y étaient commis qu’on a créé ce qui était d’abord un orphelinat composé d’une section «Asile» pour les enfants de 7 à 13 ans et d’un orphelinat agricole pour les jeunes de 13 à 18 ans. Une centaine de pensionnaires y étaient logés.

L’historienne Anne-Françoise Praz et Pierre Avvanzino, ancien professeur à la HES de Lausanne, travailleront sur ce dossier. D’autres études sur la thématique des enfants placés et des mesures de coercition à des fins d’assistance sont en cours. Présidente de l’association Agir pour la dignité, la conseillère nationale Ursula Schneider Schüttel (PS/FR) ne craint pas la dispersion des moyens. Au contraire. «Il y a beaucoup d’aspects à traiter, fait-elle remarquer. Et pour les victimes, c’est important que des études se concentrent sur des lieux précis. Elles pourront ainsi retrouver ce qu’elles ont vécu. »