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L'église a gagné: à Wädenswil, les cloches sonneront toujours

Une pétition de 2000 habitants de la ville pour le maintien des cloches la nuit a fait pencher la balance en faveur de la paroisse, attaquée par un couple exaspéré par leur son. L’affaire est remontée au Tribunal fédéral

Les cloches de Wädenswil continueront de sonner tous les quarts d'heure, de jour comme de nuit. Le Tribunal fédéral (TF) s'est prononcé mercredi sur une querelle opposant un veille zurichoise, son église et un couple de retraités, incommodé par les carillons intempestifs. Les juges de Lausanne ont tranché en faveur de la paroisse: l'interruption des cloches n'est pas justifiée, estiment-ils. Leur sonnerie est «solidement ancrée et correspond à une tradition locale», précise le TF. Une pétition de 2000 habitants de Wädenswil en faveur du maintien des cloches la nuit a pesé dans la décision. 

La querelle remonte à l'été 2014. Alfred et son épouse malade, tous deux retraités, habitent à 200 mètres de l'église. Incommodés dans leur sommeil par les cloches, ils réclament au conseil exécutif de Wädenswil d'interrompre leurs sonneries durant la nuit. La commune refuse, mais le couple ne s'avoue pas vaincu et dépose un recours.

Une chronique à propos de cloches: Les cloches de Chaussy

On a compté les décibels

Le tribunal administratif zurichois lui donnera raison, partiellement du moins, avec ce compromis: les carillons peuvent continuer à marquer les heures, mais doivent cesser de retentir aux quarts d'heure, décrète l'instance judiciaire cantonale. C'est dire si le sujet a déjà agité quelques esprits: les conclusions d'une étude de l'EPFZ avaient alors joué en faveur du couple. La sonnerie des cloches perturbe le sommeil au-delà de 40 décibels, estimaient les scientifiques zurichois en 2011. Celles de l'église de Wädenswil, elles, atteignent 55 décibels dans la chambre des retraités, 43 avec la fenêtre fermée.

Nombreuses plaintes de riverains

L'affaire aurait pu s'arrêter là, mais c'était sans compter la détermination de l'église évangélique réformée, qui refuse tout compromis. Soutenue par les autorités de la commune de Wädenswil, elle dépose un recours devant la plus haute instance judiciaire du pays. Avec le résultat que l'on connaît. Pour les juges du TF, une amélioration seulement partielle de la qualité du sommeil d'un individu vaut moins, dans la pesée d'intérêt, qu'une tradition «bien ancrée» et plebiscitée. A Wädenswil, l'amour pour les cloches des églises s'est traduit par des réactions violentes. Alfred a reçu des lettre anonymes le sommant de «retourner d'où il vient», rapporte l'Aargauer Zeitung. «J'ai oublié de vous envoyer des somnifères. Et si vous en prenez trop, c'est nous qui auront la paix», a écrit un habitant. 

Les cloches, pomme de discorde

Ce n'est pas la première fois qu'un conflit éclate entre ceux qui considèrent les cloches des églises comme un bien culturel et ceux pour qui elles ne sont que nuisances sonores. Sensibilité accrue au bruit ou tolérance plus faible aux traditions religieuses? Les plaintes sont nombreuses: quelque 500 églises, en Suisse, auraient reçu des doléances de riverains au cours des dix-sept dernières années, estime le Tages-Anzeiger.

Une communauté d'intérêt pour le calme – IG Stiller – se bat depuis 2004 pour interdire aux églises de faire retentir leurs carillons entre 22 heures et 7 heures. Le TF s'était déjà prononcé à d'autres reprises sur la question par le passé, toujours en faveur du maintien des cloches. Pourtant Samuel Büchi, membre de IG Stiller, en est convaincu: «Ce n'est qu'une question d'années avant que l'histoire ne donne raison à ceux qui réclament juste de pouvoir dormir tranquille. De nombreuses églises ont d'ores et déjà décidé par elles-mêmes de ménager le sommeil des habitants en décrétant une trêve de carillon la nuit.»

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