Vaud

L’Eglise réformée en conflit sur la bénédiction des couples homosexuels

Le Conseil synodal est favorable à la création d’un nouvel acte liturgique.L’aile évangélique s’oppose avec force à une telle bénédiction

L’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV) sera-t-elle la dixième Eglise cantonale réformée à bénir les couples homosexuels pacsés? Les 2 et 3 novembre, le Synode (le parlement de l’Eglise) se prononcera sur l’opportunité d’instituer un acte liturgique pour les couples de même sexe au bénéfice d’un partenariat enregistré. Le débat promet d’être houleux. Alors que le Conseil synodal – l’exécutif – est favorable à une telle bénédiction et recommande de l’accepter, l’aile évangélique et conservatrice y est totalement opposée. En Suisse, neuf Eglises cantonales – dont celles de Fribourg et Berne – ont déjà accepté ces rites, ce qui n’est pas le cas de Neuchâtel et Genève.

Pour préparer les débats du Synode, le Conseil synodal a mandaté deux groupes de travail complémentaires, afin de laisser aux tenants et opposants le maximum de liberté d’expression. Le groupe favorable à la bénédiction est mené par Nicolas Charrière, Jean-Luc Geneux et Jean-Marc Savary. «Le discours et l’attitude de l’Eglise ont changé au cours de l’histoire pour ce qui touche aux discriminations de catégories particulières de personnes, écrivent-ils dans leur rapport. Nous pouvons donc dire que les personnes marginalisées par la société, et – la plupart du temps – par l’Eglise, deviennent occasion pour l’Eglise de servir plus fidèlement le Christ.» Le groupe «pro» souligne qu’il ne s’agit pas de «changer pour se mettre à la mode du monde ambiant, mais changer parce que l’Evangile nous y invite». La question de la bénédiction des couples homosexuels représente donc «une opportunité de manifester notre suivance du Christ, y compris lorsque cette marche prend le risque de déclencher des colères et de changer de route par rapport à un discours millénaire».

La Bible ne promeut pas qu’un seul modèle de couple, rappellent les «pro». «Il y a celui qui a plusieurs épouses, celui qui prête sa femme pour s’attirer les faveurs du puissant, celui qui a une femme et en désire d’autres, celui qui a une femme mais aime un homme, celle qui aime une femme mais se marie pour des raisons vénales, celui qui est en couple pour procréer, celui qui est en couple pour sceller une alliance politique», etc. L’institution du mariage n’a pas été créée par le christianisme, mais elle est l’héritière de la société romaine, explique le groupe favorable à la bénédiction. Les protestants ont renoncé à la dimension sacramentelle du mariage pour valoriser sa dimension civile. Quant aux textes bibliques qui évoquent l’homosexualité de manière négative, les auteurs affirment que «la Bible n’a pas été écrite par Dieu ni dictée mot à mot par lui». L’interprétation de ce texte, fruit d’un long processus de maturation, demeure ouverte. «La manière dont la Bible parle de l’homosexualité doit être replacée dans ses contextes. Ce thème reste globalement marginal, et il n’est pas possible de déduire de ces quelques textes des règles pour l’orientation sexuelle aujourd’hui.» Les textes qui mettent en garde contre le jugement ou le rejet sont bien plus nombreux, remarquent les auteurs.

Le groupe défavorable à la bénédiction des couples de même sexe est présidé par Céline Bettex, Martin Hoegger et Frédéric Steinhauer. Il prend le contre-pied de tous les arguments précédents. L’accueil de la personne homosexuelle, votée par le Synode de l’EERV en janvier 2008, n’implique pas l’approbation du style de vie homosexuel et encore moins la création d’un acte liturgique spécifique, arguent-ils. «La Bible n’approuve jamais les actes à caractère homosexuel.» Pour les «contra», les textes bibliques ont une vocation théologique valable pour les hommes et les femmes de tous les temps. Dans ses lettres, Paul explique que tout acte homosexuel est contraire à la volonté de Dieu, qui a voulu l’union sexuelle de l’homme et de la femme.

Les «contra» n’hésitent pas à affirmer qu’«une relation homosexuelle est considérée comme dangereuse pour la cohésion et la paix de la famille élargie». Si Jésus a cheminé avec les pécheurs pour les appeler à le suivre et les a accueillis sans condition, «il ne les a pas laissés, sans condition, là où ils étaient». «S’appuyer sur le commandement de l’amour pour justifier une complaisance vis-à-vis de comportements homosexuels est contradictoire avec les évangiles.» L’Eglise ne peut donc bénir une relation que la Bible évalue de manière négative. «Ce serait un renversement anthropologique et théologique avec de graves conséquences ecclésiologiques.»

Les auteurs craignent par ailleurs les tensions œcuméniques et les divisions provoquées par ce thème. L’Eglise catholique, les Eglises orthodoxe et évangélique sont contre les unions homosexuelles. Les Eglises de tradition réformée se montrent partagées sur cette question. La Fédération des Eglises protestantes de Suisse a pris position, en 2005, en faveur du partenariat enregistré et d’une bénédiction des couples homosexuels. En revanche, l’Eglise protestante d’Allemagne s’y est opposée.

Selon Esther Gaillard, présidente du Conseil synodal de l’EERV, «il est difficile de prédire l’issue de ce débat, qui est très émotionnel. Mais il ne me semble pas que l’opposition soit très forte.» L’EERV pourrait donc être la première Eglise réformée cantonale romande à accepter la bénédiction des couples homosexuels.

«La Bible n’a pas été écrite par Dieu

ni dictée mot à mot par lui»

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