Église

L’Eglise valaisanne s’interroge sur le sort de trois prêtres abuseurs octogénaires

En Valais, trois prêtres ayant commis des abus sexuels dans le contexte ecclésial sont encore en vie. L’Eglise réfléchit à la sanction qu’elle leur infligera. Dans les faits, elle pourrait aller jusqu’au renvoi de l’état clérical

Tous les faits sont prescrits, mais tous leurs auteurs ne sont pas décédés. En Valais, une quinzaine de prêtres abuseurs ont été, pour l’heure, identifiés par le diocèse de Sion, grâce aux témoignages de plusieurs victimes. Trois d’entre eux sont toujours en vie. Se pose donc la question des sanctions à leur infliger.

Si la justice pénale n’a plus les moyens de les condamner, l’Eglise, elle, le peut en appliquant le droit canonique. Pour l’un de ces prêtres, ayant abusé de mineurs, c’est la Congrégation pour la doctrine de la foi, au Vatican, qui tranchera, après une enquête menée par le diocèse de Sion et envoyée en juillet à Rome. Pour les deux autres, dont les victimes étaient majeures, la décision sera prise en Valais. Au cœur des réflexions que le clergé mène en ce moment, la question de leur renvoi de l’état clérical.

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En d’autres termes, les autorités religieuses doivent se demander si ces personnes méritent toujours leur place de prêtre ou si les actes qu’ils ont commis nécessitent leur éviction. Si tel est le cas, elles peuvent leur ôter leur statut de prêtre. Ils perdront ainsi tous les droits qui en découlent, notamment celui de célébrer les messes ou d’autres sacrements, ainsi que le droit d’exercer un ministère dans l’Eglise. Civilement, en revanche, rien ne change. Tous retraités, ils continueront par exemple de toucher l’AVS.

Un renvoi uniquement pour des «raisons très graves»

Selon le droit canonique, ce renvoi ne peut être prononcé que pour des «raisons très graves». Cette notion demeure vague, même pour Astrid Kaptijn, professeure de droit canonique à l’Université de Fribourg. Elle imagine cependant que la gravité des cas et leur nombre peuvent être déterminants. Mais d’autres éléments entrent également en compte au moment de définir la sanction, comme par exemple la situation personnelle des prêtres.

Les trois ecclésiastiques, actuellement sous enquête en Valais, sont tous âgés de plus de 80 ans et ne sont plus en activité. Richard Lehner, responsable de la Commission abus sexuels dans le contexte ecclésial du diocèse de Sion, estime qu’il est donc nécessaire de «discuter du sens d’une destitution de l’état clérical pour ces prêtres». Astrid Kaptijn reconnaît que, pour les personnes âgées, la sanction consiste souvent à «continuer une vie de prières, dans un lieu reclus, en limitant les actions publiques, sans aller jusqu’au renvoi de l’état clérical».

«Il y a également des vieux abuseurs»

Ces explications sont dures à entendre pour Gérard Falcioni, victime d’un prêtre pédophile aujourd’hui décédé. Pour lui, la question de l’âge ne se pose pas. «Il y a également des vieux abuseurs», tonne-t-il. Il considère que l’Eglise doit s’occuper de ces individus en les plaçant, par exemple, dans un monastère. «Le but n’est pas de les casser, mais de garantir qu’ils ne récidiveront pas. Les prêtres pédophiles ne doivent plus avoir de contacts avec des enfants, même si ce sont leurs petits-neveux», insiste-t-il.

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Lorsqu’on évoque les sanctions qui devraient être appliquées aux trois prêtres, coupables d’abus sexuels et toujours en vie, Gérard Falcioni n’hésite pas une seconde. Pour lui, le clergé doit leur retirer le droit de prêtrise. Richard Lehner reconnaît que la réduction à l’état laïc de ces prêtres serait «un signe fort de l’Eglise envers les victimes». «Mais chaque cas est différent», s’empresse-t-il d’ajouter. Pour lui, il est donc primordial de discuter avec les victimes afin de connaître leurs attentes. «Si pour certaines d’entre elles il est important de savoir que le prêtre qui a abusé d’elles ne pourra plus travailler, pour d’autres ce n’est pas le cas», explique-t-il.

Le renvoi comme dernier recours

Dans les faits, très peu de prêtres ayant commis des abus sexuels dans le contexte ecclésial ont été renvoyés de leur état clérical. Pour Astrid Kaptijn, le retard pris par Rome dans le traitement des dossiers peut être un élément explicatif de cette rareté. Mais ce n’est pas le seul. «Le renvoi de l’état clérical est utilisé comme dernier recours, car il est permanent. D’autres peines expiatoires sont appliquées pour réparer les préjudices», explique-t-elle, citant par exemple l’interdiction de célébrer l’eucharistie ou de donner des homélies.

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