Les faiblesses de la centrale nucléaire de Leibstadt, la moins âgée des cinq sites suisses, auront-elles une influence sur la votation du 21 mai sur la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050)? Combattue par un référendum lancé par l'UDC, cette réforme de l'approvisionnement énergétique a précisément pour but de préparer le terrain pour remplacer progressivement l'électricité d'origine atomique.

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Jusqu'à maintenant, on considérait que le site de Leibstadt, actif depuis 1984, pourrait rendre service jusque vers les années 2040, histoire de réaliser la mue énergétique en douceur. C'était d'ailleurs l'un des arguments qui ont convaincu une majorité de Suisses de rejeter l'initiative «Sortir du nucléaire» en novembre dernier.

On partait du principe que les trois plus anciens réacteurs – Beznau I et II ainsi que Mühleberg – qui représentent chacun entre 4 et 5% de l'électricité indigène pourraient être remplacés sans trop de difficultés. Mühleberg sera d'ailleurs arrêté le 20 décembre 2019. Mais on espérait que les deux autres sites, Gösgen et Leibstadt, qui fournissent chacun entre 12 et 15% de l'électricité, restent en activité aussi longtemps que possible.

Doutes sur les causes

Or, l'avenir de Leibstadt n'est plus si certain. Remis en service vendredi à 17h33 après six mois d'interruption, le réacteur a été à nouveau arrêté le même soir à 23h28 à cause d'un problème technique survenu sur un condensateur, hors du périmètre nucléaire de la centrale. Cet incident, jugé «sans gravité» par l'IFSN, n'a rien à voir avec les problèmes d'assèchement et d'oxydation apparus sur certains éléments combustibles, qui étaient à l'origine de la suspension de la production pendant six mois.

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Samedi, les Verts ont manifesté devant les portes de l'usine argovienne. Ils protestent contre le fait que l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) ait autorisé le redémarrage vendredi en fin de journée alors que les causes exactes des assèchements n'est pas encore connue. Ils rebondissaient ainsi sur les propos exprimés par Ralph Schulz, chef de la division analyses de sécurité à l'IFSN. Celui-ci avait déclaré que les conditions dans lesquelles l'assèchement s'était produit étaient connues, mais que «les mécanismes physiques détaillés qui ont conduit à l'assèchement» ne l'étaient pas encore.

«Décidément, à 33 ans (ndlr: l'âge de Leibstadt), la résurrection est un art difficile»

Roger Nordmann

Après être resté à l'arrêt durant tout le week-end, Leibstadt a été reconnecté au réseau lundi à 17 h 15. Mais ce nouvel incident a déjà des répercussions politiques dans la perspective de la votation de mai. «C'est ça la sécurité de l'approvisionnement? Quelle plaisanterie! Oui à la SE 2050 le 21 mai, les renouvelables sont la solution», a réagi sur Twitter Adèle Thorens (Verts/VD). «Je ne suis pas antinucléaire mais cette source d'énergie nous prouve bientôt chaque jour qu'elle n'est plus notre avenir», a ajouté Yannick Buttet (PDC/VS). «Décidément, à 33 ans (ndlr: l'âge de Leibstadt), la résurrection est un art difficile», persifle Roger Nordmann (PS/VD).

Que recommandera le PLR?

Les récents incidents devraient par conséquent faire le jeu de la SE 2050. Le projet ne fixe aucun délai pour la mise hors service des réacteurs existants, seul le critère de la sécurité entrant en ligne de compte. Il interdit toutefois d'octroyer toute nouvelle autorisation générale pour la construction de centrales nucléaires en Suisse.

Mais la réforme est controversée, notamment parce qu'elle repose sur un système d'aides financières pour les renouvelables et l'hydraulique qui aura son prix. Les opposants n'en veulent pas. Le référendum a été lancé par l'UDC mais plusieurs organisations économiques (Swissmem, Gastrosuisse, Fédération suisse des entrepreneurs) le soutiennent, de même qu'une partie du PLR, parmi laquelle le Zougois Bruno Pezzatti, qui qualifie la SE 2050 d'«économie planifiée».

La position du parti n'est d'ailleurs pas encore arrêtée. Les délégués la fixeront le 4 mars à Fribourg. Or, le PLR est plus que jamais divisé entre les défenseurs du nucléaire, les ennemis des subventions et ceux qui voient de belles opportunités dans le développement des renouvelables.