Parmi les réfractaires au vote, rares sont ceux qui revendiquent leur position. Thomas Wroblevski est l’un d’entre eux. Ce jeune Neuchâtelois avait fait parler de lui comme candidat au Conseil d’Etat en 2014. Il se voulait alors le «candidat du vote blanc» et avait obtenu 10% des suffrages.

Thomas Wroblevski, un comédien de 31 ans qui se dit «technicien civique», est sceptique quant au réel potentiel démocratique du système. S’il vote de temps en temps, il n’élit jamais. Elire, dit-il, est «antidémocratique car aristocratique par essence, et pérennise une caste des «meilleurs au pouvoir.» Il est persuadé que les gens s’abstiennent parce qu’ils sont insatisfaits: «Je pense qu’il y a une déconnexion totale entre l’élite et le peuple.»

Lire l'article lié: Les abstentionnistes, «plus grand parti de Suisse»

Seuls ceux qui ont les moyens de faire campagne lancent des initiatives et des référendums

Thomas Wroblevski, 31 ans

Ce n’est pas tout. A ses yeux, loin d’un droit populaire, le référendum et l’initiative s’apparentent à un exercice ploutocratique: «Tout le monde a théoriquement le droit de le faire, mais en réalité, seuls ceux qui ont les moyens de faire campagne lancent des initiatives et des référendums.»

Il préconise la prise en compte du vote blanc, qui permettrait de mettre en évidence le problème de légitimité démocratique: «Cela ferait ressortir le mécontentement des gens. Et si le vote blanc était majoritaire, il faudrait annuler le scrutin et reporter la votation, la preuve étant faite que ce qui est proposé au peuple ne convainc pas.» Pour les élections fédérales de 2019, Thomas Wroblevski entend proposer dans son canton de Neuchâtel une liste de candidats s’engageant à consulter leur électorat avant chaque session et à ne voter qu’en fonction de ces consignes.

La politique ne m’intéresse pas

La fracture entre le monde politique et le peuple est également la raison principale pour laquelle Gaëtan, un étudiant en mathématiques à Genève souhaitant n’apparaître que sous son prénom, s’abstient. «Je ne vote jamais, parce que je ne fais pas forcément confiance à la classe politique, qui parle un jargon inaccessible à la majorité.»

Il déclare être conscient d’une contradiction: «Je ne fais pas confiance aux politiciens, mais je les laisse quand même décider en mon nom.» Gaëtan déclare également qu’il s’abstient parce qu’il n’a pas l’impression de bien saisir les sujets et estime que voter n’a qu’un impact limité. «La politique ne m’intéresse pas.» Pour autant, il se défend de ne pas s’intéresser aux sujets de société: «J’ai une vision un peu utopiste: si les gens étaient plus bienveillants entre eux, il n’y aurait pas besoin d’autant de lois.»