Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
n/a
© Dessin de Tom Tirabosco

Politique

L’électorat bobo désespère la droite lausannoise

Au premier tour des élections communales à Lausanne, la gauche a fait un tabac. Parmi ses électeurs, une partie s’est embourgeoisée. On les appelle les bobos. Ils sont médecins, avocats ou entrepreneurs, sont conscients d’être taxés pour les autres mais placent les valeurs d’ouverture et de partage au-dessus du reste

Sa singularité tient dans un équilibre qu’il assume moitié fier, moitié gêné: le bobo consomme à droite mais vote à gauche. À Lausanne, la récupération de son suffrage par le parti libéral-radical est un casse-tête, comme en témoigne la présidente du groupe local, Florence Bettschart-Narbel. «Il y a une vingtaine d’années, le sérail des professions libérales à Lausanne votait à droite. Aujourd’hui ce vote s’est déplacé, beaucoup de médecins, par exemple, votent de l’autre côté de l’échiquier politique. Pour nous, au PLR, c’est un électorat à reconquérir».

Lire aussi: A Lausanne, la défaite d'une droite éclatée

Dans les urnes, son bulletin profite aux Verts parce que sa sensibilité environnementale n’a pas été assez écoutée par la droite ou, par défaut au parti socialiste. Car bien qu’individualiste, le bobo a une conscience de la vie en communauté qui le pousse au partage.

Les bobos ne se reconnaissent pas en tant que groupe et sont essentiellement qualifiés ainsi de l’extérieur.

Le sociologue Pierre Bourdieu, déjà, parlait d’un phénomène social solide. Dans son ouvrage «La Distinction» (1979), il décrit cette petite bourgeoisie, attirée par le mysticisme et les nouvelles technologies. Il mentionne notamment le yoga ou le végétarisme comme stratégie de distinction par rapport à la bourgeoisie classique. Plus actuel, René Knüsel, sociologue de l’Université de Lausanne, les observe aussi. «Les bobos ne se reconnaissent pas en tant que groupe et sont essentiellement qualifiés ainsi de l’extérieur. Le terme bobo est une terminaison sociologique. Ses caractéristiques: il habite au centre-ville, il est susceptible de ne pas être accroché à un parti politique, il n’a pas de vraie tradition de classe, bénéficie d’un capital culturel supérieur à la moyenne et possède de très bonnes conditions de vie.»

À Lausanne, les bobos sont partout. Ils boivent du café équitable au Blackbird, choisissent leurs jonquilles sur les stands du marché de la rue de Bourg, profitent du car sharing et des services d’Uber. Ils logent sous-gare ou en rêvent, pédalent sur le Boulevard de Grancy, pratiquent le footing-poussette. Ils posent leurs sacs en tissu remplis de légumes locaux sur le sol du café des Avenues (à Montchoisi), le temps d’un brunch, ou à la Couronne d’or (à la Riponne), pour siroter une bière artisanale.

Léo et Anna, couple rose-rouge-vert

Leo, 37 ans et Anna (leurs vrais noms sont connus de la rédaction), 34 ans, gagnent à eux deux 240 000 francs par an. Elle est avocate et travaille à la Confédération. Lui, lunettes vintage et barbe de hipster, est docteur en système d’information à l’EPFL. Aux dernières élections communales, ils ont tous deux voté pour la liste rose-rouge-verte: ils ne se reconnaissent d’aucun parti mais partagent une sensibilité de gauche. D’après ce qu’ils perçoivent, les opinions de leurs milieux professionnels se rejoignent.

Entrepreneur, le jeune homme ne s’affilie pas au PLR, qui prétend pourtant défendre les professions libérales. «Attirer des entrepreneurs en prodiguant des taux d’imposition attractifs, c’est moins intéressant que de développer des pôles inventifs, comme l’EPFL, et la subvention étatique est plutôt prônée par la gauche. Je trouve plus important de proposer un système capable d’éduquer les gens, qui propose de bons transports publics et où les modèles familiaux sont plus avancés», avance-t-il.

«Je reconnais qu’il est difficile de trouver un logement ou des crèches à Lausanne, mais la droite ne m’offre pas mieux», avoue Leo. Basés à Lausanne, les jeunes parents sont conscients de payer trop cher leur loyer et trop chers leurs impôts: ils habitent l’une des communes les plus onéreuses du pays fiscalement. Mais, loin de s’en plaindre, Leo s’estime heureux d’avoir un revenu qui lui permet de payer pour les prestations qu’il utilise, et qui reste néanmoins élevé après imposition.

Le bobo ne conteste pas, ou peu, les impôts

Pour René Knüsel, la thèse de la surtaxe ne séduit en effet pas assez. «Dans le modèle politique socio-démocrate, payer ses impôts relève d’un geste citoyen. Le bobo, qui a un salaire élevé n’est pas contre l’idée de payer des impôts pour faire bénéficier les autres d’un Etat fort. Il n’est en tout cas pas perçu comme quelqu’un qui compte ses sous. La baisse fiscale, principal appât agité par les PLR pour attirer cet électorat aisé, n’est donc pas un argument fort».

Les bobos sont des personnes attirées par les valeurs sociétales véhiculées par la gauche comme la place des femmes dans la société, le mariage pour tous ou la place de l’étranger dans nos villes.

Le 28 février, le ticket de gauche à l’exécutif lausannois a été plébiscité à 61% par la population au premier tour, démontrant qu’en face, l’alternative était relativement peu crédible. Le PLR a conscience des forces de séduction du camp opposé. «Les bobos sont des personnes attirées par les valeurs sociétales véhiculées par la gauche comme la place des femmes dans la société, le mariage pour tous ou la place de l’étranger dans nos villes», observe Florence Bettschart-Narbel. Mais pour la présidente de la section lausannoise, la générosité de ces bobos cossus a des limites. «Les parents les plus aisés se plaignent des hausses drastiques des tarifs de l’APEMS (Accueil pour enfants en milieu scolaire). Payer 35 francs pour le repas de midi de son enfant, au quotidien les gens commencent à en avoir marre», rapporte-t-elle.

Sans véritable tradition de classe mais exigeant face à ses représentants politiques, doté d’un sens aiguë du vivre ensemble et précieux quant à son niveau de vie, l’électorat bobo est à reconquérir. Comment? La réflexion pour le PLR ne fait que commencer.

Lire aussi: Une Municipalité de Lausanne monocolore? Le grand frisson

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a