De la haute Levantine au Mendrisiotto, le Tessin est en ébullition depuis la remontée spectaculaire de la Lega dei Ticinesi (+9%), dimanche soir, suite aux résultats des élections pour le Conseil d'Etat. Les appels au secours, en lettres capitales rouge sang, lancés ces dernières semaines par Giuliano Bignasca par le biais de son journal hebdomadaire, Il Mattino della Domenica, ont été entendus.

Fondé il y a seize ans

Lundi, le dépouillement des scrutins pour le Grand Conseil démontrait que cette mobilisation, aussi miraculeuse qu'inattendue d'une grande partie de la population (62,1% de participation), avait permis non seulement de conserver le fauteuil de ministre du très charismatique Marco Borradori, mais aussi - et c'est là la seconde surprise - de sauver le mouvement à la dérive, fondé il y a seize ans par les deux compères d'alors, Flavio Maspoli et Giuliano Bignasca.

Déconfiture de l'UDC

En passant de 11 à 15 députés (sur 90) le parti «rebelle» renoue un peu avec ses heures de gloire du milieu des années 1990 (la Lega occupait près de 25% des postes au Grand Conseil). L'arrivée de nouvelles forces au parlement ne devrait cependant pas influencer le chef du Département du territoire. Marco Borradori n'a pas toujours fait siennes les volontés du président à vie de la Lega. Depuis que l'ancien libéral luganais avait rejoint la formation de Giuliano Bignasca pour doper sa carrière politique, il avait toujours pris soin de conserver une certaine autonomie.

De fait, pour l'UDC - qui se préparait déjà à accueillir à bras ouverts un flot d'électeurs qu'elle croyait lassés par le ton tonitruant du «Nano» -, c'est la déconfiture. Les agrariens tessinois, qui atteignent de justesse le quorum de 6% pour se maintenir au Grand Conseil, ont accepté hier soir (lundi) la démission immédiate de leur président, Paolo Clemente Wicht. Ce dernier n'est jamais véritablement parvenu à faire trembler le patron de la Lega, qui maîtrise comme nul autre l'art de jouer au grand écart avec les thèmes politiques porteurs. Ce dernier parvient à se battre tour à tour pour une caisse maladie cantonale, une politique fiscale ultralibérale, tout en stigmatisant la libre circulation des personnes et les frontaliers, principaux facteurs responsables du chômage au sud des Alpes, à en croire le ténor.

La Lega a certainement aussi bénéficié de l'érosion du Parti libéral-radical (PLR). Avec un recul de 9% au Conseil d'Etat et la perte de trois députés, le «Partitone» paie son tribut pour la succession d'affaires et de scandales qui assombrissent l'image du parti (les affaires Masoni et le Fiscogate en particulier, mais aussi la révélation de l'existence du cartel des barons de l'asphalte). Toutefois, le Grand Vieux Parti demeure la première force politique du canton avec 27 sièges sur 90 devant le PDC (21) et les socialistes (18).

La question est maintenant de savoir ce que cette résurrection de la Lega va véritablement changer au sud des Alpes, et si le parti poursuivra son ascension lors des élections fédérales d'octobre prochain.