Transports

Léman 2030, les désagréments avant les avantages

La ligne Lausanne-Genève est coupée ce week-end à Renens pour changer les installations de sécurité. C’est la première étape du programme d’investissement visant à doubler les capacités en quinze ans. En 2018, c’est l’axe Lausanne-Palézieux qui sera coupé pendant deux mois

Avant de profiter des avantages des investissements ferroviaires, il faut en subir les désagréments. Samedi et dimanche, la ligne est coupée entre Lausanne et Renens pour permettre la mise en service du nouvel enclenchement, qui permet d’assurer la sécurité et de gérer le trafic. Toutefois, contrairement aux précédentes opérations similaires, le trafic ne sera pas complètement interrompu. «La planification est en cours», résume Frédéric Revaz, porte-parole des CFF.

«Pendant deux jours, nous assurerons un service de navettes entre Lausanne et Genève-Aéroport avec arrêts à Renens, Morges, Allaman, Rolle, Gland, Nyon, Coppet et Genève. Le trafic régional du RER Vaud est assuré par bus. Nous recommandons aux voyageurs en provenance de Suisse alémanique de prendre la ligne ICN du pied du Jura, qui s’arrête à Morges et Genève. De Morges, les voyageurs pourront rejoindre Lausanne en utilisant les navettes», détaille Bernard Pittet, directeur adjoint de Léman 2030, qui a reçu cette semaine les journalistes de l’Association de la presse ferroviaire.

Le TGV s’arrêtera à Vallorbe, d’où l’acheminement à Lausanne se fera également par bus. Les temps de parcours seront forcément rallongés, jusqu’à 30 minutes selon les cas.

Deux minutes d’intervalle

Samedi et dimanche, 200 techniciens seront à l’œuvre pour débrancher les anciennes installations de sécurité et connecter au nouveau poste de commande 127 aiguilles et 300 signaux. «Tout devra être prêt pour le retour des pendulaires lundi matin», souligne Bernard Pittet. Les travaux terminés, le nouveau poste d’enclenchement sera inauguré en grande pompe mardi, en présence du patron des CFF Andreas Meyer et des conseillers d’Etat Nuria Gorrite et Luc Barthassat. Entièrement informatisé, cet équipement permettra dès 2020, lorsque l’ensemble des travaux auront été achevés dans ce secteur, de gérer des trains séparés l’un de l’autre par un intervalle de 2 minutes au lieu de 3 à 4 aujourd’hui.

Ces désagréments temporaires sont une étape sur le long chemin qui conduira à l’amélioration de l’offre dans le Bassin lémanique. Près de 6 milliards de francs sont réservés au réseau ferroviaire de la région: 3,8 milliards dans le cadre du programme Léman 2030, 1,6 milliard pour la part suisse de la nouvelle liaison Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse (CEVA), 250 millions pour la part française de ce projet transfrontalier.

De grandes ambitions

Les objectifs sont ambitieux: à terme, le nombre de places assises doit être doublé entre Lausanne et Genève, le RER circulera dans la région à une cadence de 15 minutes, les gares de Lausanne, Genève et Renens seront agrandies et modernisées. Les CFF s’attendent à une fréquentation de 100 000 passagers par jour à l’horizon 2030, contre 55 000 en 2015. Du côté est de Lausanne, la ligne en direction de Berne sera elle aussi améliorée (voir ci-dessous). Une première tranche de 300 millions est réservée à ces travaux d’ici à 2025. Ces sommes sont pour l’essentiel prises en charge par la Confédération, principalement dans le cadre du programme de financement et d’aménagement de l’infrastructure ferroviaire (FAIF) approuvé en votation populaire en 2014.

Un viaduc de 1200 mètres

Des 3,8 milliards du programme Léman 2030, 626 millions sont affectés au secteur Lausanne-Renens, déjà en chantier depuis plusieurs mois. Le poste d’enclenchement absorbe 82 millions. La modernisation de la gare de Renens en engloutit 172, l’aménagement d’une quatrième voie 260. Au sud des voies, un nouveau bâtiment administratif accueillera dès 2020 environ 1000 collaborateurs des CFF, dont une partie de ceux qui travaillent actuellement sur le site de Lausanne.

Le volet le plus spectaculaire sera la construction, pour 112 millions, d’un viaduc permettant aux trains reliant Berne à Genève de passer par-dessus les autres voies, évitant ainsi des croisements. On nomme ce type d’infrastructure un saut-de-mouton. Il en existe déjà un à l’entrée de la gare de Zurich. Double et divisé en deux tronçons de 1150 et 400 mètres, cet ouvrage qui facilite l’accès des trains à la nouvelle gare souterraine culmine à 16 mètres de haut. Celui de Renens-Malley ne sera pas double, mais il mesurera 1230 mètres de long et sera juché à 9 mètres de hauteur. Cette construction est un préalable nécessaire à la mise en service d’une navette au quart d’heure entre Cossonay et Cully.

L’interruption choc de l’été 2018

Les perturbations de ce week-end entre Lausanne et Renens ne sont qu’un amuse-bouche par rapport à ce qui attend les voyageurs en 2018: durant l’été, c’est la ligne Lausanne-Palézieux qui devra être mise hors-service. «Nous prévoyons de remplacer les trains par des bus durant l’été 2018 entre Lausanne et Palézieux», précise Frédéric Revaz, porte-parole des CFF.

Pourquoi ce chantier? Dans le cadre du programme d’investissement ferroviaire fédéral, une première tranche de 300 millions est destinée à l’amélioration de la ligne Lausanne-Berne. L’objectif est, à terme, de viser un temps de parcours d’environ 60 minutes entre les deux villes. Il est de 66 minutes aujourd’hui. La correction de la ligne combinée à la mise en service en principe à partir de 2017 des nouvelles rames à deux étages équipées du système de compensation du roulis Wako construites par Bombardier la ramènera à 61 minutes. Cette technique permet de circuler jusqu’à 15% plus vite qu’un train normal dans les virages sans que les passagers le sentent.

Les travaux sont conséquents: pose de traverses en béton, modification des profils de rail, changement de signalisation, de ligne de contact, ouvrages de génie civil, nouveaux câblages, voie de dépassement à Romont et nouvelles jonctions à Fribourg sont au menu. Ils nécessiteront la coupure complète de la ligne. Les travaux devraient commencer sur le tronçon Lavaux du parcours. Ils se feront pendant l’été, c’est-à-dire lorsque la pendularité diminue. Les voyageurs se rendant de Lausanne à Berne ou à Zurich et vice versa seront invités à transiter par la ligne du Pied du Jura.

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