Une «montée en puissance» plus rapide que prévu: c’est ainsi que les autorités qualifient le premier mois du jeune Léman Express, inauguré en grande pompe le 15 décembre dernier. Quelque 25 000 passagers journaliers sont recensés sur les lignes Annemasse-Coppet et Genève-Bellegarde, davantage que les prévisions. Un pic à 30 000 voyageurs a même été enregistré le 20 décembre. Près de 43% des clients proviennent du réseau suisse et 57% de France.

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Le chemin à parcourir reste néanmoins encore long pour atteindre l’objectif fixé des 50 000 personnes transportées quotidiennement, tout en améliorant certains aspects encore défaillants du système: signalétique lacunaire en gare, pannes techniques ou encore mauvaise coordination des rames entre la Suisse et la France. Malgré la poursuite de la grève côté français, le réseau complet sera opérationnel dès mercredi, annoncent les autorités.

«Le canton s’est rétréci»

«Les Genevois ont presque instantanément adopté le Léman Express», se réjouit le conseiller d’Etat Serge Dal Busco, impressionné de voir la vitesse à laquelle les habitudes de mobilité se modifient. Il faut dire que selon les trajets, le Léman Express s’avère être une solution nettement plus rapide que les bus et les trams. Comptez 18 minutes au lieu de 27 entre Champel et la Jonction, 16 minutes au lieu de 26 entre Lancy et Rive ou encore 35 minutes au lieu de 50 entre les Palettes et l’Hôpital des Trois-Chêne. «On a l’impression que le canton s’est rétréci», plaisante le chef du Département des infrastructures, soulignant au passage la «ponctualité globale» observée sur les lignes.

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Contrairement aux attentes, les Transports publics genevois (TPG) n’enregistrent pas de baisse de leur fréquentation. «Cela signifie que les passagers du Léman Express sont de nouveaux usagers», note le directeur général, Denis Berdoz. De fait, l’affluence aux arrêts de bus situés près des gares augmente: +37% à Lancy-Bachet, +27% à Lancy-Pont-Rouge ou encore +15% à Chêne-Bourg. Seul l’arrêt du plateau de Champel connaît une baisse de 16%, ce qui fait dire à Denis Berdoz que les usagers s’y rendent à pied. Au chapitre des bonnes nouvelles figure aussi la ligne transfrontalière 17, récemment inaugurée entre Annemasse et Lancy-Pont-Rouge, qui semble avoir trouvé son rythme de croisière en devenant la cinquième ligne la plus fréquentée du canton.

«Phase de lancement»

Paradoxalement, la mise en service complète du réseau va faciliter la vie des collaborateurs. «Jusqu’à présent, nous devions replanifier l’offre au jour le jour, en partie à cause des grèves», souligne Mario Werren, directeur général de Lémanis. Escaliers roulants en panne, panneaux d’information manquants: le responsable assure que ces dysfonctionnements seront réglés prochainement. «Il ne faut pas oublier que nous sommes toujours en phase de lancement, des adaptations seront nécessaires.» En gare d’Annemasse, la foule de pendulaires qui s’amasse aux heures de pointe fait craindre une saturation du système. Aucune augmentation de cadence n’est prévue pour l’heure mais Lémanis assure que des trains à deux rames, soit 400 places assises, seront systématiquement affectés à cette desserte.

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«Très attendus, les premiers chiffres dévoilés doivent être pris avec des pincettes compte tenu du recul très court de 35 jours seulement», insiste Mario Werren. De nombreuses inconnues subsistent, à l’instar de la fréquentation des galeries marchandes. Dans ces espaces particulièrement grands, l’effet de vide est parfois frappant. Lors de la conférence de presse tenue durant près d’une heure à la gare des Eaux-Vives, il n’y avait pas foule. «Il faut laisser le temps aux commerces de trouver leur clientèle, souligne Serge Dal Busco. Sans être situé dans une gare, le centre commercial de la Praille a lui aussi connu un démarrage lent.»

Suivi du trafic routier

Autre point d’interrogation: les effets du Léman Express sur le trafic routier. «Un suivi très attentif est prévu à ce sujet, afin de planifier au mieux la politique cantonale en matière de mobilité routière», affirme Serge Dal Busco. Des comptages vont être introduits sur les axes de circulation stratégiques ainsi que dans les principales douanes. L’utilisation des parkings payants va également être auscultée. Du côté du TCS genevois, les retours des automobilistes sont «prometteurs», souligne le président, François Membrez. «Certains de nos membres domiciliés sur la rive droite utilisent désormais le train pour leurs déplacements professionnels, nous attendons un effet similaire sur la rive gauche, où le dispositif est plus récent.»

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