«Souriez vous êtes filmé !» Le slogan pourrait accompagner fin 2019 les 50 000 usagers attendus chaque jour sur les lignes du Léman Express (CEVA), le RER franco-valdo-genevois qui connectera 40 gares dans un rayon de 60 km autour des gares de Cornavin et d'Annemasse. Français et Suisses ont décidé de généraliser la vidéo-surveillance dans un contexte de criminalité transfrontalière qui demeure importante et de menaces terroristes persistantes.

La région Auvergne-Rhône-Alpes a enregistré en 2015 une recrudescence des actes d'insécurité dans ses trains de 25% et elle est en première ligne en France, après la grande couronne parisienne, pour le nombre de signalements de radicalisations islamistes (506 en un an). Laurent Wauquiez, qui préside le Conseil régional, a présenté un plan devisé à 100 millions d'euros visant à poser des caméras dans les trains et les gares puis doubler les effectifs de la police ferroviaire dans sa région.

Rames suisses et rames françaises

La couronne genevoise intègre ce plan, ont fait savoir les services de Laurent Wauquiez qui n'indiquent cependant pas encore quelle somme y sera injectée. Les 17 rames françaises Alstom du Léman Express (les 23 rames suisses seront, elles, équipées par Stadler) bénéficieront de cet effort et seront chacune dotées de vidéo-protection. Pour ce qui concerne les 22 gares françaises desservies, l'équipement est aujourd'hui acquis pour le pôle ferroviaire d'Annemasse. Thonon, Bonneville et Saint-Julien en Genevois seront les prochaines autres priorités.

Auvergne-Rhône-Alpes va créer un centre de supervision régional et un poste de commandement pour centraliser les images des gares munies de vidéo-protection. Un équipement inédit en France, si l'on exclue Paris, qui pourrait être étendu au bassin genevois. La question de la centralisation des images pour un traitement unifié est aussi examinée. «Dans le cadre du comité franco-suisse de sécurité CEVA, il a été demandé de travailler la transmission en temps réel de l'exploitation des images filmées à bord des trains français et suisses» indique Gilles Rossary-Lenglet, chargé de mission auprès du Patrick Mignola, le vice président de la région délégué aux transports.

Décisions en attente

Jean-Philippe Schmidt, porte-parole des CFF, indique que les rames suisses du Léman Express seront elles aussi équipées de caméras. «Cela existe déjà dans les trains régionaux mais il ne s'agit pas pour le moment d'une lecture live, les enregistrements sont utilisés en cas de nécessité comme un délit» souligne-t-il. De son côté l'Office fédéral des transports (OFT) confirme qu'un groupe de travail franco-suisse «s'occupe du thème de la sécurité et de ses différents volets» mais ne souhaite trop s'avancer. «Ces aspects sont importants et des discussions sont effectivement en cours mais aucune décision n'a été prise jusqu'ici. S'exprimer sur des scénarios, des hypothèses ou des spéculations nous semble prématuré» souligne Florence Pictet, une porte-parole. Une question se pose notamment sur le traitement et les échanges des images qui devront être conformes à la loi fédérale sur la protection des données.

A Genève, le plan Wauquiez rassure l'UDC qui en 2009 pointait le CEVA «projet ferroviaire qui sera le nouveau moyen de transport pour la racaille d'Annemasse». Le maire d'Annemasse avait porté plainte pour ces propos jugés racistes. Dix ans plus tard, l'UDC est nettement moins agressive. «Je suis impressionné par les moyens mis en place par nos voisins. Le Léman Express sera sans doute une pompe aspirante pour les délinquants et les indésirables mais les autorités rhônalpines ont semble-t-il pris la mesure de la problématique» souligne Eric Bertinat.

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