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CarPostal pourra-t-il garder les lignes qu'il exploite dans le canton du Jura? 
© CHRISTIAN BEUTLER/Keystone

Transports

L’embardée politique des lignes de bus jurassiennes

Mécontent des prétentions de CarPostal, le gouvernement veut soumettre les concessions de transports publics routiers à un appel d’offres. Le parlement en débat mercredi. Un comité d’accueil l’attend

Un comité d’accueil attend les députés jurassiens mercredi à leur arrivée au parlement cantonal. Piloté par Syndicom et le Syndicat du personnel des transports (SEV), le groupe de manifestants compte sensibiliser les élus aux conséquences de la mise au concours des lignes de bus décidée par le gouvernement en mai 2017. C’est la première fois qu’un canton lance un appel d’offres pour l’ensemble de son service public routier, en l’occurrence 28 lignes de bus régionales et 13 Noctambus exploités par les Chemins de fer du Jura (CJ) et CarPostal.

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Comment le gouvernement en est-il arrivé là? «Nous étions en négociation avec CarPostal pour définir la convention d’objectifs lorsque nous avons reçu leur nouvelle offre pour 2018. Elle était sensiblement plus chère que la précédente. Nous avons considéré qu’il y avait rupture de confiance, car nous étions en pleine discussion», se souvient le président du gouvernement et ministre de l’Environnement, David Eray. Cette décision a fait des vagues dans le canton. En réponse à une question écrite du député chrétien-social indépendant Vincent Hennin, le gouvernement a apporté une justification complémentaire: «La forte hausse des prétentions financières de CarPostal pour 2018, pour un horaire pourtant constant par rapport à 2017, a nécessité de réduire l’offre dans certains secteurs du canton – en Haute-Ajoie et dans l’agglomération de Delémont. Cela va engendrer une baisse du volume de travail à produire par l’entreprise», a-t-il écrit.

«Pas de zombies au volant»

La décision de soumettre ces lignes à un appel d’offres public n’est pas formellement prise, précise David Eray. Elle a certes été communiquée à l’Office fédéral des transports (OFT), mais elle doit encore faire l’objet d’une décision définitive de l’exécutif cantonal. Les syndicats craignent cependant que cela n’ouvre la porte à des soumissionnaires étrangers (par exemple Keolis, Marfina ou la RATP) non assujettis aux conventions collectives de travail (CCT) et à une détérioration des conditions de travail. «Grâce au partenariat social, les syndicats veillent au grain pour que les temps de repos soient respectés. C’est notamment pour cela qu’il faut absolument une CCT. Nous ne voulons pas de zombies au volant», proteste Jean-Pierre Etique, secrétaire syndical au SEV.

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Le parlement doit débattre ce mercredi d’une motion de Pierluigi Fedele, membre du groupe Verts/Combat Socialiste/POP, qui exige des garanties et l’obligation de négocier et de signer une CCT pour obtenir une concession. Le gouvernement propose de la rejeter, considérant que ces exigences sont déjà prévues dans la loi. En raison des forces en présence au parlement, la motion a peu de chances d’être acceptée. Mais elle donnera lieu à un intéressant débat, car la décision du gouvernement vise à faire pression sur CarPostal. Et cela a déjà eu un effet: CarPostal a en effet revu à la baisse ses chiffres pour 2018 et a notamment corrigé le coût supposé des carburants, qui était élevé. «On est revenu dans des prix honnêtes et corrects», atteste David Eray.

Négociations en cours

Porte-parole de CarPostal, Valérie Gerl admet que la première offre était «sensiblement plus chère». Elle explique que la croissance des coûts de production (conducteurs, véhicules, entretien) a été plus forte que celle du nombre de voyageurs et que les recettes payées par ceux-ci ont été plus basses que prévu. «Des corrections importantes ont été apportées, mais les négociations sont encore en cours», confirme-t-elle. Elle ajoute que des investissements importants ont été consentis par CarPostal pour compenser l’affaiblissement de l’offre ferroviaire entre le Jura et le Bassin lémanique et que ces coûts doivent aussi être pris en compte. CarPostal précise encore que les offres 2018-2019 ont été acceptées dans tous les autres cantons à l’exception de deux, dont Vaud.

Fribourg avait aussi envisagé de mettre ses lignes de bus au concours. Mais des négociations ont permis d’économiser 3 millions sans que les conditions de travail ne soient détériorées, se réjouit Jean-Pierre Etique. Le canton a finalement renoncé à son intention, préservant ainsi les Transports publics fribourgeois (TPF) d’une concurrence pas forcément souhaitée. A Neuchâtel, le canton a privilégié CarPostal par rapport à la compagnie TransN pour une ligne du Littoral. «Dix-sept employés sont concernés. Nous avons pris contact avec le conseiller d’Etat Laurent Favre pour en parler avec lui», note le syndicaliste.

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