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Frédérique Bütikofer Repond, présidente du tribunal de la Gruyère depuis dix ans.
© Stéphanie Borcard et Nicolas Métraux pour «Le Temps»

Fribourg

L’emblématique juge de la Gruyère élue à la Cour d’appel fédérale

Frédérique Bütikofer Repond a été nommée ce mercredi matin par l’Assemblée fédérale au poste de juge dans la nouvelle instance qui verra le jour en janvier 2019 à Bellinzone. Une promotion pour la jeune présidente de tribunal qui a su s’imposer par un mélange d’empathie et de fermeté. Portrait

Si Frédérique Bütikofer Repond a accepté ce portrait, c’est pour démystifier son métier de juge à l’image si austère et finalement assez méconnu. La présidente du Tribunal d’arrondissement de la Gruyère a été très surprise de l’intérêt manifesté pour sa personne. Pourtant, ce mercredi matin, la carrière de la magistrate a pris une nouvelle dimension. Elle a été élue par l’Assemblée fédérale à l’un des postes de juge suppléant de la future cour d’appel au Tribunal pénal fédéral qui verra le jour à Bellinzone le 1er janvier 2019. L’ouverture à des affaires d’envergure nationale et la perspective de siéger dans une cour de deuxième instance ont séduit la Fribourgeoise de 46 ans, qui prendra cette fonction en plus de son activité en Gruyère à 50%.

Procès retentissant de tourisme sexuel

Ce début d’année, la juge fribourgeoise a déjà fait parler d’elle dans les médias. En mars, alors qu’elle préside le retentissant procès d’un pédophile récidiviste, elle prend une décision choc pour sortir l’homme de son déni. Elle fait projeter deux films tournés avec de jeunes garçons chez le prévenu, à Pattaya, en Thaïlande. Les images montrent l’indicible. Des personnes quittent la salle. «Cela a été la décision la plus difficile de ma carrière, mais il fallait que je le confronte aux éléments de preuve figurant au dossier», justifie Frédérique Bütikofer Repond, qui condamnera le pédophile à une lourde peine de 16 ans de prison dans ce qui restera comme l’une des toutes premières condamnations prononcées en Suisse en matière de tourisme sexuel à l’étranger.

Lire aussi: A Bulle, un pédophile accusé d’avoir exploité 80 garçons en Thaïlande comparaît devant la justice

«Zorro des parkings» acquitté

Quelques jours plus tard, la juge refait la une des journaux, cette fois pour un procès plutôt cocasse. La Fribourgeoise acquitte le «Zorro des parkings», un automobiliste qui contestait avec véhémence une amende de stationnement de 40 francs reçue à tort, la policière n’ayant pas vu le ticket de parking, bel et bien placé derrière le pare-brise, mais de l’autre côté que le trottoir. «Cela fait du bien de passer d’une affaire lourde à une plus légère. Mais que le dossier fasse quinze classeurs fédéraux ou qu’il tienne dans une simple fourre en plastique, je le prends avec le même sérieux.»

Malgré ces coups de projecteurs, Frédérique Bütikofer Repond évite de dire en public qu’elle travaille comme juge. Elle sait trop bien qu’en apprenant son métier les gens changent brusquement d’attitude envers elle, n’osant plus se comporter de manière naturelle. «Pourtant derrière la fonction, il y a une personne tout à fait normale», glisse la Fribourgeoise, qui aime les randonnées en montagne, regarder des séries TV avec ses deux enfants aujourd’hui adolescents ou dévorer un bon polar avant de se coucher.

Passion pour le sport et la chimie

Ce métier de juge, jamais durant sa jeunesse passée à Villars-sur-Glâne, Frédérique Bütikofer Repond ne s’est imaginée l’exercer un jour. «Je voulais devenir prof de sport, puis je me suis intéressée à la chimie», sourit-elle. Au moment de s’inscrire à l’Université de Fribourg, elle choisit finalement la Faculté de droit. Un peu par hasard, avoue-t-elle aujourd’hui. Dès le début du cursus, l’étudiante se passionne pour le droit pénal. «C’est mon esprit scientifique et rationnel. Au pénal, on établit des faits et on les soumet à la loi. C’est clair. En comparaison, le droit administratif m’est toujours apparu obscur.»

Après une licence en droit, Frédérique Bütikofer Repond enchaîne avec le stage d’avocat, décrochant son brevet en mars 2000 avec la seule certitude qu’elle ne veut pas en faire son métier. Elle n’aime pas plaider. La part théâtrale inhérente à l’exercice ne convient pas à cette femme réservée et minutieuse. Elle devient alors assistante, puis lectrice, à la chaire de droit pénal de l’Université de Fribourg, où elle s’intéresse au domaine de la justice des mineurs et à la délinquance juvénile.

Présidente de tribunal à 36 ans

Le 1er juin 2008, élue par le Grand Conseil, elle entre en fonction au Tribunal d’arrondissement de la Gruyère. Jeune femme de 36 ans, toute menue, Frédérique Bütikofer Repond doit rapidement faire ses preuves. La salle d’audience, c’est aussi un lieu de rapport de force entre le juge, le procureur et les avocats, qui n’hésitent pas à tester tout nouveau magistrat.

La Fribourgeoise s’impose, grâce à une grande qualité d’écoute. «Je suis consciente que ma manière de procéder diffère de celle de beaucoup de collègues, explique-t-elle. J’aime laisser les gens, tant victimes que prévenus, s’exprimer, cela permet toujours de sortir des choses. Je ne donne ainsi jamais mes questions à l’avance à ma greffière, car je les adapte toujours à la tournure des débats.»

Leçon d’humilité

En dix ans, Frédérique Bütikofer Repond a été la témoin privilégiée des conséquences de l’incroyable boom démographique de la ville de Bulle: «Au début, je traitais peu de grosses affaires. Aujourd’hui, leur nombre a fortement augmenté». Mais ce ne sont pas toujours les grands procès les plus marquants. «Il y a quelques années, j’ai jugé un accident de la circulation. Il n’y avait pas de faute grave, pas d’alcool, ni excès de vitesse, ni dépassement téméraire. C’était juste une inattention dont les conséquences ont été absolument dramatiques. J’ai pris conscience que j’aurais pu être à la place de la personne sur le banc des accusés.»

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